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Maroc: un pays évocateur pour tout européen, synonyme de vacances au soleil assurées et de farniente dans une culture totalement différente de la nôtre. Le nom de ce pays va titiller d’autant plus les ornithos qu’il est un trait d’union entre avifaune africaine et européenne. Dans l’attente d’un camp mythique annoncé, récit d’une (re)découverte du pays par trois biologistes ornitho-entomo-zoolo-ethno errant et observant dans les campagnes marocaines du 5 au 18 avril 2004, partant de Rabat pour le Sahara occidental. Ce voyage a donné: environ 2000 km d’asphalte, plus d’une centaine d’espèces de piafs observés, près d’une cinquantaine de théières vidées, une bouteille de vin rouge, une natte percée, deux marquages organiques sur la route entre Casa et Rabat, quelques hammams visités. Morceaux choisis tirés du carnet de voyage de Manu (avec les obs des trois compères) Emmanuel Rey, Christian Monnerat, David Perriard
6 avril Départ pour le Sud avec notre voiture “solide de luxe” qui se déglingue (LA Dacia). … La partie d’autoroute est passablement monotone (Gardeboeufs, Cigognes et Crécerelles en vol), ce n’est qu’en essayant de rejoindre la côte que nous faisons des rencontres intéressantes, ainsi une colonie de Guêpiers d’Europe, Cailles, Cigognes blanches, Oedicnèmes, Bruants proyer, Busard cendré vers Bir-Jdid. Une Glaréole à collier nous passe encore par dessus la tête lorsque nous avons rejoint la route de la côte. … Juste après avoir repris la route un rapace très clair nous fait planter sur les freins. Elanion blanc, adulte. Superbe. Nous offrant bien 10-15 minutes d’observation. 7 avril Nuit tranquille, réveillé par les marocains allant pêcher et menant leurs vaches à paître. Petite balade depuis le bivouac, direction salines et bord de mer. Plus grande diversité en avifaune du voyage allant de la Chevêche et des Pie-grièches (grises et à têtes rousses) aux Gravelots à collier interrompu, chevaliers et Flamants roses en passant par un Phragmite des joncs, des Hirondelles paludicoles et deux Perdrix sp. … Départ direction Essaouira. Nous nous arrêterons encore deux fois sur la route. Premier arrêt pour deux Faucons laniers posés sur des poteaux électriques, deuxième arrêt pour explorer une forêt de Genévrier de Phénicie. Nous partons chacun de notre côté et faisons chacun de belles obs. Cochevis de Thékla, Bruant proyer et zizi, Serins cini, Chardonnerets, Linottes mélodieuses, Fauvettes mélanocéphales, Pie-grièche à tête rousse, le premier Rougequeue de Moussier et les seuls Coucou-geai du voyage (deux adultes). Christian ouvre une parenthèse reptile (une tortue terrestre) et arachnide avec deux scorpions. 8 avril Petite journée pause à Essaouira, nous avons passé la soirée précédente sur une terrasse, à boire du thé et à regarder passer le monde. L’art du farniente dans toute sa splendeur. … Malgré la pause nous ne pouvons nous empêcher de faire un peu de Seawatching, aux jumelles, depuis les remparts. Fou de Bassan (1 juv.), des Grands cormorans et un Cormoran huppé (1re année), Goélands leucophées et Sterne hansel, le tout pêchant au large. … La marche de la ville au port sera une mine de photos (pour David et moi): pêcheurs sortant leurs prise et recousant leurs filets, marchands, gamins tenant murènes, charrette de requin, …. … Nous nous laissons tenter une dernière fois par une balade dans le souk. Nous débarquons dans une ruelle à une heure sans touristes. Atmosphère totalement différente, vendeurs de fruits, ferrailleurs, réparateurs de vélo et autres contribuent grandement à l’ambiance. Histoire de rester dans le rythme de la journée, nous restons une bonne heure assis à observer des gamins en train de jouer. 9 avril Direction Tamri pour chercher les Ibis, quelques arrêts en chemins pour observer deux Hirondelles rousselines et des Pies-grièches à têtes rousses. … Les Traquets oreillards font leurs apparitions sur les bords de route vers Tamri où les Arganiers sont bientôt les seuls arbres à pousser. Paysage plus sec où les premières dunes font leurs apparitions. Une halte près d’un Oued sec sera riche en obs et en photos. … Une promenade au bout de la falaise me permet d’observer la colonie d’Ibis chauve. Je comprends pourquoi nous en observions autant dans les champs… Seulement, un gardien nous éjecte de la falaise avec plus ou moins de diplomatie. … Au bivouac, David se couche sur sa natte pour faire une sieste, PFFFUIT. Plein de cailloux pointus et plus de natte, nous protégeons soigneusement les nôtres avant de nous coucher, sous le regard envieux de David. 10 avril La surprise du paysage au réveil fût bonne. Collinéen, relativement aride (Arganier et Thuya), le coin se révèle riche en passereaux. Ceux-ci égayent le réveil et un Traquet oreillard nargue mon téléobjectif. … Nous partons pour une visite de rivière qui prendra la matinée. Christian collecte, David visite le village et je prospecte et photographie. … Drôle de se laisser aller à écouter une rivière dans un pays aussi sec. … La route jusqu’à Sidi Ifni est banale et ne mérite pas grand discours. Un Aigle de Bonelli fait freiner Christian 42 km avant Tizni. Sinon, ça roule. … Passé Tiznit, toujours plus aride. De moins en moins d’arbres et le royaume des Euphorbes cactoïdes et autres plantes succulentes. David me propose d’aller au Hammam à Sidi Ifni, mais je me sacrifie pour garder la voiture et, du coup, enlève la seule excuse valable de Christian pour ne pas y aller. Il revient convaincu, et David tout cassé (tout massé…). 12 avril Petite balade avant de reprendre la route, Pâtre, Tchagras, Cochevis de Thékla, Traquets rieurs, … Je suis à deux doigts d’écraser un Diablotin (Empusinae) en voulant prendre un rongeur en photo, je me rattrape sur lui après avoir perdu le rongeur. … Arrêt thé à Guelmim puis on roule jusqu’à Tan-Tan et l’Oued Chebika. Paysage désertique avec d’immenses plateaux, nous décidons de visiter ces milieux au retour. … Pas d’essence sans plomb dans tout le Sahara occidental. Un rapide calcul nous permet de déterminer la route à suivre: Oued Chebika et retour. Ce sera la pointe sud du voyage, après un bref passage au check point où son affiché les photos des malfrats qui sévissent dans le secteur, au fait on dort où ce soir? … Belle surprise que cette lagune, riche en migrateurs: Goélands leucophées, d’Audouin, brun, railleurs, Sternes caspiennes, caugek, hansel, Spatules, Cormorans, Corlieu, Avocettes, Huîtriers et celui que nous n’attendions pas, le Garrot à œil d’or… … Les plateaux environnants semblent morts, très peu de passereaux. Seul un Cochevis chantait. … Quelques arrêts sont prévus sur la route du retour pour observer quelques unes de ces mythiques espèces désertiques. Bilan plutôt positif puisque Courvite, Agrobate, Roselin githagine, Dromoïque du désert, Alouette de Clotbey et quatre espèces de Traquets seront observés (rieur, oreillard, du désert et à tête grise). D’autres surprises migratrices étaient au rendez-vous, Petit Gravelot, les trois Hirondelles, rustique, de fenêtre et de rivage, deux Ortolans, un Fitis. … Repas en ville à Guelmim et représentation d’un autre Maroc, le pauvre, avec mendiants, très jeune cireur de chaussure (10 ans) et patron de bistrot offrant du pain à un affamé. … A peine débarqués dans une ville et installés à un resto que nous sommes harcelés, gamins, femmes, hommes nous demandant des Dhirams. Je ne leur répond que par des non et cela me met mal à l’aise. Presque l’impression de passer pour des rustres ne prêtant aucune attention à ce qui nous entoure. 13 avril On reprend la route direction Tiznit pour, enfin, faire le plein. Calcul bon, 42 l ajouté pour un réservoir de 50 l. … Le paysage change entre Guelmim et Tiznit. Arganier, Stipa sp., plus de végétation et Rougequeues de Moussier et Pie-grièches (grises et à têtes rousses) refont leurs apparitions. … La diversité des rapaces est intéressante mais reste limitée à l’unité (un Elanion blanc, un Aigle de Bonelli, une Buse féroce, un Busard cendré, un Milan noir, deux Faucons lanier). Par contre, Busards des roseaux, Eperviers d’Europe, Crécerelles et Hobereaux seront vus plus régulièrement. … Une Pie-grièche grise a failli faire un beau bouchon de radiateur. … Petit arrêt sur l’Oued Assaka dans une petite palmeraie. Le coin invite largement à la sieste à l’ombre des palmiers. Nous ne chômons pas et observons quelques piafs dont un jeune Bihoreau, Petit Gravelot, Tourterelles des bois, Gobemouche gris, Serin cini, Bergeronnettes printanières et grises et la sous-espèce africaine du Pinson des arbres. … Juste après avoir quitté l’Oued on tombe sur une école. Décision unanime pour larguer tous nos stylos. Nous trouvons le concierge et un employé de la commune. Ceux-ci nous font visiter l’école (dite rurale) et nous offrent le thé, servi dans les règles de l’art. … Principe du compromis en région rurale. Les enfants viennent à l’école seulement une demi-journée, l’autre servant à aider aux travaux familiaux. … Superbe obs de Chevêche sur le bord de la route, alarmant à 20 m de la voiture. Nous nous régalons et repartons pour Tafraout. 14 avril Deuxième et dernière journée dans l’Anti-Atlas, nous faisons quelques arrêts. Paysage superbe, relief très brut et quelques surprises ornithos (Ammomane isabelline, Traquet rieur et oreillard, Cochevis de Thékla, Crave à bec rouge, Pipit rousseline, Fauvette à lunettes, Moineau espagnol, Hirondelle de rocher, …). Je fais une sieste dans un coin alors que je m’étais posé pour observer un couple de Traquet oreillard. … La balade s’est faite selon le schéma habituel, David part au village, Christian collecte et je prends des photos. … La pause de midi se fait sous les amandiers. Bruant proyer et Tourterelle des bois accompagnent le repas et deux Pouillots fitis font leur apparition pendant le café. En migration au milieu de l’Anti-Atlas… … Observation au milieu de champs de blé en terrasse et d’Arganiers, Un mâle de Pie-grièche à tête rousse chasse et harcèle un Agrobate roux. J’admire. Peu d’espèces visibles, mais ça chante beaucoup. J’ouvre les oreilles: FRRRRRRT FRRRRRRT FRRRRRRT, Christian collecte ses insectes à coup de scie, je me marre. 15 avril Un mot pour résumer la journée: route. … Une météo pluvieuse et froide nous a dissuadé de fouiller dans les cols au nord d’Agadir et la plaine qui suivait n’invitait pas réellement à sortir, mis à part pour les Calandres. Quelques Glaréoles et Oedicnème seront encore vus depuis la voiture avant d’arriver à Casa. … Obs comportementale de Calandre mythique. Après le festival des Traquets à tête grise alarmant, la Chevêche faisant son ascenseur, la Pie-grièche à tête rousse contre l’Agrobate, les Calandres nous faisaient de superbes parades, ailes en bas et queue levée. 16 avril Réveil un peu glauque ce matin, après avoir éjecté mon dîner d’une manière peu orthodoxe. Pas trop bien dormi et c’est vaseux que je suis les autres dans la réserve de Sidi Bou Ghaba après les Sarcelles marbrées et les Foulques caronculées. … Belle série d’observations (Sarcelles marbrées, Foulques caronculées, Talève sultane, Erismature à tête blanche, Busards des roseaux, Hobereaux, Flamants roses, Nettes rousses avec des jeunes, Grèbes huppés et castagneux et j’en passe) et grosse sieste en attendant Christian. … Forêt de Chênes liège de la Maâmora, observation d’un Pic épeiche tapant sur le Chêne liège. Marrant à voir. Bruit très amortis et je m’attends à le voir coincer son bec dans l’écorce à tout moment. … Repas au “Jour et Nuit” à Rabat où ils servent du vin marocain. Christian et moi prenons une bouteille de Cabernet marocain, La Cuvée du Président… La première goutte d’alcool depuis dix jours, bue à deux, je dors comme un loir. 17 avril Souper royal. Trop mangé, digestion difficile et tête dans les toilettes à une heure du mat’. Christian n’est guère mieux et David dort comme un loir. … Dernières obs à l’aéroport de Casa, Cigognes blanches, Martinets des maisons, Martinets noirs, Airbus et Boeings. Trajet effectué : Casablanca - Rabat - Oualidia – Essaouira – Imouzzer – Sidi Ifni (Tizgaghine) – Tan-Tan – Oued Chebika (pointe sud du voyage) – Guelmim – Tafraout – Aït Baha – Rabat – Casablanca. |