05-02-2012
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Antakya, km 5875

Longez la cote mediterraneenne et vous plongez dans l'histoire. Aux vestiges grecos-romains s'ajoutent les gigantesques et inaccessibles tombes lyciennes. Falaises trouees de toute part pur le repos des ames. Ils allaient meme jusqu'a sculpter les portes a meme la roche, laissant les touristes dans mon genre perplexes quand a la fermeture des mausoles. Passe les tombes, le ports et les amphitheatres, ce sont les chateaux qui fleurissent sur toute colline des bords de route. Issus d'un royaume chretien d'une petite communaute armenienne, ces chateaux ont aussi servi d'etape aux croisades. Royaume d'Antioche - Antakya - d'Edesse - Şanliurfa - de Jerusalem et d'Acre, tous ont ete conquis par les armees longeant ces memes cotes. Je ne peux m'empecher de me demander - tout en roulant et voyant de nombreux restes de caravanserails et de places fortifiees - si ces fameuses croisades n'avaient que pour seul et unique but la religion. Les soieries, dorures et epices arrivant de l'Est ont pu attirer la convoitise des venitiens ou des genois. De fait, le sac de Constantinople, massacre de chretiens par d'autres chretiens en 1204, ne visait que le controle de la ville par les venitiens. Je roulerai donc sur les traces des croisades sur plusieurs centaines de kilometres.

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Peu apres Fethiye je fais la rencontre de Keith . Ecossais, il a decide d'enfourcher son velo pour aller rendre visite a des amis vivant en ... Nouvelle-Zelande. Quelques jours avant j'avais fait la rencontre d'un danois roulant dans la meme direction que moi et il m'a parle d'un autre cycliste roulant vers l'Est. Sortant de ma chambre pour prendre mon dejeune, je tombe sur un autre velo a cote du mien. Apres discussions nous nous rendons compte que nous roulons tout deux vers la Syrie et decidons de rouler ensemble les prochains kilometres.

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La route en cette partie de la cote longe delicieusement la mer a quelques centaines de metres d'altitude, passant dans des pinedes clairsemees appelant a la sieste, pour redescendre tres rapidement vers la mer au fond de vallee. Nous roulons alors entre les plantations. Tomates, bananes, orangers. J'apprends que ces legumes sont principalement destines aux marches de l'europe de l'est. Je trouve ici le pendant turque des mers de plastiques espagnoles. Je maugree contre ces marches et tout le petrole gaspille pour amener de malheureuses tomates insipides dans les marches de Bucarest. La transition est toujours brutale. Pins-plastique. Rien entre deux si ce n'est une route nationale. Je ne tarde pas trop sur la route. Prends les voies les plus rapides - meme si nous n'avons pas des quantites d'optons. Nous passerons tout de meme a Olympos et Chimere. Le site est fameux pour ses ruines. D'abord. Mais egalement pour des incroyables camps perches dans les arbres. Bungalows aux portes improbables et ayant un nom pour chacun. Mis a part la magie du lieu, le prix de la nuit comprends le souper et le petit-dejeune. Les cyclistes affames que nous sommes nous ruons sur les buffets. Delicieux et copieux. De quoi repartir, pret a franchir le kilometre de plage et de sable et traverser les deux rivieres nous separant de Chimere. Le fameux site des flammes sortant du sol. La visite est rapide et la route d'Antalya defile sous les roues. Cote magique alliant paysage des dolomites aux calanques. Paradis de grimpeurs. Je recommence a sentir des coups alarmant en freinant. Le verdict ne se fera pas attendre, roue arriere recommancant a se dechirer sur tout la longueur. Encore un changement de roue. A force de discussion et de questions, je trouve un cyclo-nomade francais, sur le chemin du retour. Il nous mene vers un magasin de velo tenu par un ancien champion cycliste de Turquie. Mon velo aura droit a une remise a neuf totale. Jante neuve remontee, nettoyage des axes et de la cassette, changement des cables, freins et vitesses, graissage des gaines. La totale. Beaucoup de travail. Pendant tout ce temps du monde passe pour retaper son velo. Petit coup de graisse, de pompe et autre. Je suis etonne de voir la diversite. VTT, velo trial, course. La ville semble particulierement cyclable. Je passe aussi du temps avec Philippe entre l'envie de parler en franmcais et ses nombreux conseils de route.

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La route continue. Nous passons peu de temps a Antalya. Je veux vite arriver en Syrie. La cote defile, a altitude variables. Des villages de vacance et ignobles palaces cinq etoiles, palais de beton, je me rejouit de remonter dans les pinedes. Certain de retourver la Turquie que j'apprecie tant. Nous cherchons les petites gargottes des bords de route proposant the, jus d'orange frais presse, jus de navet ou Ayran et des repas delicieux, je me dis que pedaler en Turquie est un veritable bonheur pour l'estomac. Certaine d'entre elles, surplombant la mer ou perdu dans les vergers et pinedes offrent un repos pour les yeux, habitue de tant de serres et de plastique. Nous arrivons tout de meme a caser nos bivouacs sur les cretes, parfois visites de diablotin ou de Molosse. Les problemes de mecanique se poursuivent, allant jusqu'a me bloquer une bonne heure pour remettre roue, chaine et derailleur en etat de rouler. Keith, de son cote, a sa chaine qui saute regulierement et qui se brise. Nous passerons aussi un moment sur les bords de route pour la remonter et bricoler son derailleur avant qu'il ne cherche les differents reparateurs possibles d'Adana, de Dortyol et d'Antakya.

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Adana est une ville me laissant indifferent. Premiere ville de Turquie ou la pauvrete est aussi apparente, je me contente de photographier quelques cyclistes et charrettes. La ville est poussiereuse et sale. Nous avons passe une apres-midi entiere a faire reparer le velo de Keith, plus perdu dans des discussions steriles que par reel travail. De fait, l'arrivee a Dorrtyol se fait une seule chaine pour deux. Je tire Keith sur les trois derniers kilometres, sa chaine venant de lacher pour la quatrieme fois de la journee... Nous trouvons l'heureuse aide de Selo et Serif dans cette ville. Ils nous dirige vers le magasin de velo le plus proche, puis nous aident a trouver un hotel. De trop cher a complet, nous finissons bredouilles et desespere. La journee a ete longue, passant par une zone industrielle particulierement parcourue de poids-lourds. Voyant notre tete Selo nous propose de nous loger dans l'appartement des employes de sa pizzeria. Ils degagent rapidement une chambre et deux matelas.La douche et chaude. Parfait. Nous mangeons dans sa pizzeria. Impossible de lui payer le repas. De meme le lendemain matin. Ils refusent notre argent. Nous ne pouvons que les prendre en photo por les remercier. Je pars finalement seul pour Antakia. Keith devient fou avec sa chaine. Sa saute sans arret. Je passerai donc le long de la cote, au milieu des poids-lourds et des industries - comme si cette seule partie de la cote turque a ete bourree d'industrie pour laisser le reste intacte. Le col a passer ce jour la est un regal de route. Pas trop pentu et regulier. Les arbres aux sommet me donnent la direction du vent. Ils plient a force de subir les assauts eoliens. Montrant l'echine vers l'est. Pliespar tant de force. Je me delecte de la descente. Dix kilometres sans toucher aux freins. Pas un seul coup de pedale. Royale. J'entre a Antakya particulierement de bonne humeur. Plus encore en trouvant la pension de la mission catholique de la ville. Une cours ombragee et loin des bruits de la ville et de la circulation. Une cour remplie d'orangers dont les fruits murs tombent d'eux meme et n'atendent que d'etre devores par des cyclistes affames.

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