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La route n'a pas été trop difficile depuis le Delta du Danube. Suivre les côtes de la Mer Noire au grès des falaises et des champs m'auront permis de reprendre la forme. Des habituelles courbatures de reprise, la forme est vite revenue pour se lancer vers l'énorme Asie. Je suis toujours profondement surpris de voir à quel point une frontière est loin d'être virtuelle. De Roumanie en Bulgarie, toutes deux pays de l'Union européenne, on ne remarque pas uniquement la différence au niveau de l'écriture. De la langue. C'est aussi dans le paysage que l'on note les changements. Des plaines roumaines sans fin où l'arbre a laissé sa place, on arrive dans des champs bulgares séparés par des haies aussi longues que larges. Non pas une seule ligne d'arbres. Non. Une bande d'arbres d'une dizaine de mètres sépare les champs. Les forêts ont encore voix au chapitre dans cette partie de la Mer Noire. Je traverse des pinèdes merveilleuses à mes yeux car coupe-vent. Chose précieuse pour un cycliste lesté de larges sacoches. Les plaines, entre champs et haies sont encore parfois, ponctuées d'éoliennes. Le vent est important sur la côte bulgare. Autant les quelques éoliennes vues en Roumanie me semblaient bien timide, autant les Bulgares ont mis le paquet en créant un parc eolien. 


La Mer Noire m'avait toujours fait penser au Delta du Danube, au Bosphore et aux Esturgeons. Bon pour les naturalistes. Je n'avais jamais réellement envisagé cette mer comme un attrait pour le tourisme estival. Les côtes bétonnées - entre deux falaises - m'ont rudement rappelé à cette réalite. Dès que le relief le permet, les hôtels et plages de sable fin pullulent. Je passerai sans grande transition des premiers centimètres de neige au milieu des pinèdes à une station balnéaire, quelques centaines de mètres plus bas. Autant s'accrocher. L'intérêt de la Mer Noire est aussi commercial. Les cargos énormes sillonnent soit les ports roumains de Tulcea, Constanta ou encore Mangalia, soit les parties bulgares, Varna et Burgas en tête. Surprise à Varna où les cargos hantaient l'entrée du port de Varna, comme des gardiens fantômes de la ville endormie par l'hiver. Plus d'une douzaine de ces géants attendent un accès au port. Ils descendent ou remontent en grande majorité d'Istanbul et du détroit, longeant les côtes. Comme moi. 
La partie bulgare de ce voyage ne rend pas hommage au pays. J'aurais voulu aller rouler dans les balkans. Passer en Grèce en traversant les Rodopes. Me donner d'autres chances de croiser cet ours. La saison est ce qu'elle est. Je me contente de traverser le pays pour aller chercher du chaud. Pour éviter la neige. Si difficile pour un cyclonomade. Le pays offre une diversité folle à qui veut bien ouvrir les yeux. Diversité historique - après la diversité paysagère. Je passe d’une statue géante à la gloire des soldats soviétiques - le plus étonnant étant qu’elle soit encore debout - à une musique folle et entraînante. Les sonorités sont délicieusement ottomanes. Tout comme les instruments. Dans une rue adjacente, jouxtant le musée d’archéologie trône une tombe thrace et une collection de pierres funéraires. Caractères latins, cyrilliques et arabes s’y côtoient. Au sol. Alors que dans les airs je vois les étoiles de David, minarets et croix chrétiennes. La paix des religions. Ajoutez-y les poubelles aux couleurs de l’Europe - et des drapeaux sur les bâtiments officiels - et vous aurez un coktail bulgare du meilleur effet. 









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