05-02-2012
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Dogubeyazit, km 6626

On travaille ici sur les oiseaux migrateurs. Les filets sont posés un peu partout. Le but est de capturer, déterminer, baguer et relacher. Le tout en espérant vivement que l'un d'eux retombe dans le gigantesque réseau des stations de recherche de par le monde. Les recaptures sont parfois rares, mais au combien gratifiantes. Imaginez le plaisir de savoir que le Tarier que vous avez sorti des filets en Turquie ou en Roumanie passe ses hivers dans la partie sahélienne de l'Est africain. La pauvre et alarmante condition physique de certains de ses oiseaux est également là pour me rappeller que la méthode reste quelque peu brutale. Que leur voyage est l'un des rares qui mérite un réel respect. Pensez donc. Avec mon vélo et mes dollars. Je peux m'arrêter où et quand je veux. Pas besoin de chercher des heures durant un site favorable pour passer la nuit - ou la semaine - et refaire mes réserves de graisse. De courir après les zones humides fondant à vue d'oeil dans nos campagnes. De chercher de gras et délicieux insectes sur le béton des quais de Trabzon. De péniblement gagner un gramme de graisse en une journée de chasse intensive. Eviter les mauvaises rencontres. Epervier, Faucons, Busards ou renards. Non. Je me sens un véritable touriste en admirant ces migrateurs.

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Comme un coup du hasard je me retrouve dans cette station – en compagnie de bagueurs kényan, James et turque, Sedat - lors d'une conférence nationale sur les oiseaux, les zones humides et les terres de sécheresse. James présente son pays. On me demande si je peux présenter une partie de mon voyage. Je prépare en vitesse quelque chose sur le Danube et son delta. Je reviens à Kars – ville devenue chère mon coeur – et me retrouve au milieu d'une fourmilière de naturalistes, biologistes, protecteurs de la nature. Mes questions fusent. Je me retrouve même au téléphone avec Gizem et Bryan – rencontrés à Istanbul - par une connaissance commune. On ris beaucoup. Danse – enfin, je photographie les danseurs. Parle d'oiseaux, de lacs et de conservation. James et moi nous retrouvons même aux prises avec 6 filles un peu folles alors que nous profitions de la connexion internet - que nous n'avons pas à la station - pour discuter et emailer. Des jeux, mimes et rires au programme. Je m'endors chaque nuit vers trois heures, juste avant la première prière du matin. Je fais orgie de discussion et de mails. La conférence se termine sur le retour à la station de recherche. Deux biologistes d'Istanbul y débarquent. Des chiroptérologues. Andrzej Furman, polonais échoué à Istanbul alors qu'il revenait de Katmandu, et son assistant, Emrah cherchent des Minioptères dans la région. Ils trouvent des larges Myotis. On discute génétique, distribution, haplotype et source des populations, définition d'espèce, ... . Je les lance sur les niches écologiques et habitats de chasse. Rien n'est fait. Ou tout est à faire. Le pays est une mine d'or pour le chercheur.

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Je me retrouve donc dans cette vallée du Rhône originelle – apparement promise à un barrage – dont les bords du fleuve sont emplis d'abricotiers haute tige, de cultures extensives et de steppes. Je me régale à parcourir les montagnes alentours. Observer les Traquets – isabelle, oreillard et de finsch – occupés à niche et nourrir leurs jeunes. Volant entre les cornes de loup - Iris folle aux formes improbables. Je discute en allemand avec une majorité du village. Presque tous sont partis pour vivre mieux et avoir un peu de sous. A mes questions, les hommes préfèrent le pays et les femmes préfèrent l'Allemagne. Je ne suis guère étonné. Je m'amuse à voir les apiculteurs chasser les guêpiers en sifflant. Les oiseaux ont trouvé une manne de nourriture. Ils se servent au dessus des ruches. Je ris moins en voyant les cartouches vides proche des colonies. Je m'installe dans la routine de la station de recherche. Debout à 4h30, retour à 22h. Les oiseaux, les filets et beaucoup de temps pour réfléchir et penser entre deux. J'attends mon guidon neuf. J'attends de continuer ma route. Aller en Iran. Passer vers cette Perse prometteuse. Cette Asie central si mystérieuse. M'éloigner encore plus de mon pays pour mieux y revenir. Les migrateurs sont là pour me le rappeler. Je ne suis pas sédentaire. Il me faut continuer. On m'attends au bout de ma route. Pas loin de mes montagnes.

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Le guidon finalement installé je reprends la route et me sens revivre. Rouler à nouveau. Me déplacer. Voir du pays. Des gens. Bientôt changer de pays aussi. Changer de culture. La Turquie est magnifique. Même après 5 mois je n'ai pas atteins de ras le bol. Le sourire est prompt à arriver sur les visages et les enfants s'amusent à me suivre sur leur vélo. D'autres, plus crétins, s'amusent à me lancer caillou ou bouteille. Je m'enpresse de les oublier. Pour passer en Iran, je longe la rivière Aras sur quelques dizaines de kilomètres. Je longe la frontière arménienne aussi. Arménie. Pays aux évocations si nombreuse. Terre chrétienne aux portes de l'islam. A l'histoire complexe. Intimement mélée à la Turquie. Les sites antiques et les églises chrétiennes en Turquie sont la pour me rappeler à quel point le pays n'est qu'un patchwork. De population. De culture. Combien de fois n'ai-je admiré des yeux bleu ou des cheveux roux. Combien de peintures chrétiennes du onzième siècle j'ai figé sur mon capteur. Cappadoce. La côte méditerranéenne. La frontière arménienne. Sumela et le monastère byzantin. Tout est diversité dans ce pays. Et pourtant l'identité turque est puissante. Atatüurk a posé sa marque. Il est partout. Dans tous les restaurants Tous les magasins. Combien m'ont demandé ce que je pensais du pays avant de venir et ce que j'en pense maintenant. Combien m'ont demandé ce que l'Europe pense de la Turquie. Pourquoi l'Europe se base sur la disapora turque pour imaginer un pays si gigantesque et si complexe. Je ne sais que répondre. L'hospitalité et la gentillesse me prouvent simplement l'erreur des idées reçues. Le danger des médias et des rapports succins. Vous voulez vous faire une idée sur un pays? Visitez le. Allez à la rencontre des autochtones. Sortez des côtes bétonnées et allez vous perdre dans l'arrière pays. Allez chercher ces endroits perdus.

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Je suis de retour à Dogubayazit un mois après 'échec de l'ascension de l'Ararat. J'ai roulé à son pied. Je suis passé d'une steppe sèche à une plantation verdoyante et aux paturages alpins. Tous migrent vers les hauteurs. Bétail. Ruche. Nomades. Touristes. Oiseaux. J'entends encore chasser les Guêpiers d'Europe au sommet du col. Pédaler vers Dogubeyazit un mois après un tel échec me permet de constater qu'il m'énerve encore. La Turquie est un pays merveilleux. Mais l'inorganisation règne en maître – à moins de tomber sur la perle. Il vous faudra plus facilement compter sur vous même si vous voulez visiter. Mais la beauté et les surprises du pays vous rembourseront largement le petit temps nécessaire à l'organisation. Je tente de passer ma colère en prenant tout mon temps pour visiter et photographier le palais. Ne serait-ce qu'en hommage à mon frère qui a pris du temps pour me retrouver et est reparti avec cinq minutes chronos pour immortaliser ce palais sur capteur. Il ne me reste plus qu'à reprendre la route. Vers l'Iran.

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