10-03-2010
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Dushanbe, km 7702

Un mois supplémentaire en Iran et si peu à raconter. Et encore. J'aurais passé ces dernières semaines à courir d'une ambassade à une autre. D'un formulaire à une autre. D'une banque à une autre. L'Asie centrale se mérite. Certe. Mais je ne pensais pas qu'elle devait d'abord se mériter d'un point de vue administratif. J'ai donc couru. Payé des taxis filous - je suis tombé sur suffisamment de chauffeurs honnêtes pour savoir que j'ai toujours payé bien trop cher. J'ai attendu aussi. Tehran est une ville ingrate. Bruyante et polluée. Je ne suis pas beaucoup sortis. Du également aux protestations. Non. Depuis mes dernières nouvelles je suis sorti de la ville. Profitant des dix jours d'attente de mon visa Tajik pour prolonger mon visa iranien. Pour cela. Une ville. Ispahan. Je joins donc l'utile à l'agréable. Visite une ville historique et folle autant que calme et liquide ces petits détails de visa. Je profite d'une semaine dans les rues ombragées. Me promène entre les fantômes noirs. Les femmes iraniennes. Prends des photos des monuments. De nuit autant que de jour. Fais plusieurs rencontre d'autres voyageurs. Je m'amuse même avec le fisheye de Henning. Jeune hong-kongais voyageant dans cette autre Asie. Ispahan est un havre de paix comparé à Tehran. C'est aussi la première ville depuis Istanbul où je vois enfin des pistes cyclables. C'est dire comme la cité antique marque des points.

Mon retour à Tehran sera bien plus long que prévu. Entrecoupé de deux nuits de bus vers Mashad. Mes informations étaient fausses. Je dois retourner à Tehran pour liquider mon dernier visa. Patience encore. Je profite pour revoir mes amis iraniens. Nasim et Jafar. Complètement stressés par leur exposition approchante. Je visite aussi l'ancienne ambassade  des USA. Appelée, même par le Lonely Planet, centre d'espionnage des USA. Pourquoi pas. Le bâtiment – ses murs plutôt servent de propagande et de message du régime. Les graffitis sont violent autant que ridicules. On parle de sionisme et de grand Satan (les USA), et de leur destruction. Les iraniens que je connais sont loin de ces messages. Très loin. Eux rêvent plutôt de quitter le pays. Emigrer pour quitter les matraques et les censures. J'apprends  que le message "Down with USA" est répété par les fous du régime lors de chaque prière du vendredi. Mais ces dernières années cela se fait plus par automatisme que par réelle conviction. Les USA apportent tout de même de l'argent. Pas la diaspora. Je reçois finalement mon dernier visa. Le pire de tous jusqu'à maintenant. Mais je me suis fait amis du portier. Il m'aide. Me donne tous les papier. On m'avait dis, revenez dans une semaine. Avec le sourire. Une semaine me donnait un samedi après-midi. Dimanche après midi en Suisse si vous préférez. Un autre m'a répondu de revenir le lendemain, mais par chance il était là et m'a entendu, et donné le passeport. Avec le dernier tampon. Enfin. Je peux sauter dans un bus et relier Mashad, mon vélo, la pension folle de Vali et Mohammad. Lors de mon premier passage à Mashad, avec tout mon matériel, je suis resté chez Vali. Polyglotte autodidacte, il tient une pension dans sa maison et a impliqué sa famille. Sa femme gère les repas et se fait payer pour cela, son fils gère l'internet, et sa fille pratique son anglais avec nous. Le type et incroyable. Il se plie en quatre pour nous aider. Vous paie le bus. Commande les tickets de bus pour vous. Il m'avoue sa passion pour la ratatouille. Il ne me faut pas longtemps pour lui proposer de demander la recette de ma mère. Je la lui cuisinerai à mon retour. Chose fait à mon retour a Mashad. Il s'extasie. Me lance des génial à chaque cuillère. On ris et se régale de ce plat bien franchouillard par 40 degrés à l'ombre. Mohammed est là également. Lui pédale depuis trois ans et reviens régulièrement en Iran. Chez lui. Il plante des arbres dans des écoles tout au long de sa route, est un montagnard acharné et un excellent photographe. Je déménage donc mes affaires de chez Vali pour rester avec lui. Les derniers jours que je passe en Iran. Je profite encore de Vali pour visiter son magasin de tapis. Il me fait étalage de ses connaissances – sans fin – et de sa bonne humeur. Même si je ne suis pas là pour lui acheter des tapis, mais pour les photographier. Je quitte l'Iran comme j'y suis arrivé. Heureux. Gardant une merveilleuse impression des iraniens et de leur hospitalité. Le dernier jour avec Mohammad me fait renouer avec mes dix ans. Lorsque nous allions manger une glace au Bouveret, en famille et à vélo. Nous pédalions nos 40 kilomètres juste pour le plaisir d'une coupe Danemark. Là nous en faisons plutôt 70, mais aussi juste pour le plaisir d'avaler une glace. Un régal par ces chaleurs. Nous sommes partis à 17h - La chaleur du jour étant bien trop brutal pour rouler. Ils m'ont montré les petites vallées perdues. Celles où je me perdrai bien volontiers avec mon matériel et un ou deux filets pour les chauves-souris. Ils s'arrêtent presque à chaque fontaine d'eau fraîche. Jusqu'à ce bassin fou, sous l'ombre d'arbres fruitier – les Tut et leurs délicieux fruits très sucrés - où Mohammad m'explique comment les iraniens faisaient leurs canalisations sous les montagnes. Simplement en creusant des puits, et en les reliant. Les plus long canaux allant jusqu'à 70km, et un puit étant creusé chaque centaine de mètres. Je reste béat d'admiration devant ce travaille titanesque.

Je quitte finalement Mashad, Mohammad et Vali non sans regret. Ma route vers l'Est est encore bien semée d'embûches. Lorsque j'ai passé mon temps à courir après mes visas à Tehran le Turkmenistan avait décidé de fermer ses frontières le plus arbitrairement du monde – sous prétexte de grippe porcine. J'ai du donc trouver une alternative à mon passage vers l'Asie centrale. Je savais que l'Afghanistan était une folie. Mais je savais aussi que le voyage était possible. Philippe, le français que j'ai rencontré à Antakya durant l'hiver en arrivait. Nous avions longuement parlé du pays et des possibilités de routes. Cela fait déjà quelques mois que ce pays me tente. Cela fait en fait plusieurs années. Depuis mes lectures de Nicolas Bouvier et d'Ella Maillart. Depuis la découverte du Photographe et du travail de Didier Lefevre en Afghanistan . Depuis, aussi, la découverte de Zalmai et de son travail à Kabul . Bref. Il ne faut pas se mentir, l'Afghanistan me faisait très envie. J'ai donc pris prétexte des frontières fermées pour faire passer Astana et Bukhara, Samarkand et Tashkent à la trappe. A moi les afghans. Du moins ce que je pourrai raisonnablement parcourir. Herat est sure. Kabul est relative et le nord ne semble pas poser trop de problèmes. Du moins au moment où j'ai cherché mes informations. Mais entre deux. Une catastrophe. J'ai discuté avec des afghans en Iran et leur ai régulièrement demandé ce qu'ils pensaient de prendre le bus entre telle et telle ville. Leur réponse, en générale, était laconique. Trop dangereux pour toi. Le summum aura été atteint par ce policier à la frontière afghane. Il m'a simplement dit que la région de Kandahar était un peut tendue. Un mort chaque jours pour le sud afghan depuis l'assaut des forces internationales et la situation est seulement tendue. Je me rends compte en passant la frontière que je commets probablement la plus grosse erreur de ma vie.

C'est mon visa afghan qui m'a posé tant de problèmes. Mashad ne délivre plus les visas aux occidentaux. Ils ne veulent plus en assumer la responsabilité. Il me faut une lettre de mon ambassade pour demander le visa. D'où mes allers et retours entre Tehran et Mashad. Ces attentes me posent également d'autre problèmes. Les visas d'Asie centrale sont déjà en route. J'ai trente jours pour le Tadjikistan, et il ne m'en reste que vingt lorsque je passe en Afghanistan. Quinze en arrivant à Dushanbe. Je vais donc au plus vite pour pouvoir rouler où je le désire. Dans le Pamir tadjik. Je prends le bus de Mashad jusqu'à la frontière afghane. Pédalant les vingt derniers kilomètres. Sous un soleil de plomb. J'arrive à me faire offrir le dernier kebab je ne sais trop comment. Une famille iranienne décidant de me payer le dernier repas. Une station service juste avant la frontière afghane m'offre même un moment de bon rires avec les employés. Je me contente de demande de l'eau fraîche et je finis avec des pêches, du thé et des bouteilles pleines de glace. Je quitterai même cette équipe en embrassant un gardien de la révolution des plus sincère quand à sa peine de me voir partir. Merveilleux iraniens. Vous allez me manquer. Les douaniers me voient arriver incrédules. Et je le devient en les entendant me demander le carnet de passage pour le vélo – documentation lourde et riche en occasion de bakchich que tout voyageur en voiture ou moto connaît très bien, c'est l'assurance internationale de votre véhicule. Tous contrôlent que j'ai bien mon visa afghan avant de me mettre le tampon de sortie. Le afghans me voient arriver surpris. Me mettent le tampon et fouillent quelques sacoches. Plus pour la forme qu'autre chose. L'officier – celui ayant qualifier la situation du sud de tendue – me trouve un taxi pour Herat. Soit. J'entre dans un autre domaine en passant par ce pays. Je ferai de grosses – très grosses concessions à mon voyage. Le taxi est partagé. La voiture pleine. Le volant à droite. Je ne savais pas que la conduite se faisait à gauche. Elle se fait à droite. Je me trouve donc aux première loges pour voir ce qui arrive en face de nous lorsque le chauffeur décide de dépasser. Chaque fois que je prends un transport public je regrette mon vélo et sa relative sécurité. Le trajet pour Herat ne fera pas exception. Au milieu de l'heure de route nous faisons une pause melon. Tous sortent et pillent un vendeur de melon. Je grignote péniblement ma tranche alors que mes chers afghans en ont déjà avalé deux ou trois. Le chauffeur fini par s'emparer de mon chapeau et le met. Je ne peux que le prendre en photo.

Herat est considéré comme une ville sûre. Le maître de la région est suffisamment puissant pour museler toute opposition. En une journée je verrai plus de garde armée et de kalachnikov que durant tout le voyage, mais toutes les armes sont baissées au sol sans exception – je sais dès maintenant que ces armes sont chargées – et aucune menace ou animosité n'apparaît à aucun moment. Je me promène dans les rues d'Herat sans aucune crainte. A aucun moment. Le seul problème à gérer étant l'habituelle arnaque qui attends tout touriste dans toute ville de ce monde. Des prix trop cher. Je m'y fait à la longue, et marchande autant que possible. Les quelques jours passés à Herat – en attendant un avion pour Kabul – me permettent de me faire une idée sur les afghans. Ils sont beaux. Fiers. Ils ont un port de tête qui diffère énormément des iraniens. On m'aide très volontiers et dès que je suis en mesure de me débrouiller on me laisse tranquille. Je ne sors toutefois presque pas mon boîtier. Je me rends compte que je suis tout de même nerveux. Ne sachant pas à quelle réaction m'attendre. Non. Les afghans sont fiers et de sacrés loustiques. Rigolant volontiers pour la plus petite raison et occasion. Je discute avec ceux qui parlent quelques mots d'anglais. Tous me demandent ce que je peux bien venir faire dans le pays en temps que touriste. L'incompréhension règne et je me dis que tous doivent me prendre pour un fou. Le doute me gagne même parfois. Ne suis-je pas complètement et proprement timbré d'avoir voulu venir dans ce pays? Probablement. Je me suis toujours refusé de me baser sur l'avis des autres pour me faire un opinion sur un pays. L'Afghanistan m'intrigue. Comment un tel pays, habité par des gens si beaux et si fiers peut-il être en guerre depuis trente ans? Je n'ai toujours pas de réponse et n'en aurait certainement jamais. Mais je sais maintenant que les salopards constituent définitivement une minorité dans un pays.

Herat, donc, est sûre. Mais aucune des routes y menant depuis les autres villes du pays ne l'est. Je prends l'avion pour Kabul. En attendant l'avion, je visite la ville. Prends des photos de la mosquée d'Herat, chef d'oeuvre de tuiles et de verrerie. Je fais le plein de couleurs dans ces terres sèches et arides. Prendre l'avion. Je m'était promis de ne pas le prendre pour avancer dans mon voyage. J'aurai de toute façon du le prendre pour sauter le Turkmenistan. Je ferai ces deux seuls concessions – je reprendrai l'avion depuis kabul – pour continuer ma route. L'aéroport d'Herat est un modèle du genre. Le checking est un terrain de terre battue protégé de murs. La route asphaltée est réservée aux soldat italiens et espagnols. J'attends le contrôle avec une équipe de gamin parlant assez bien anglais. Je m'amuse de ces jeunes fous, porteurs de l'aéroport, tous équipés de vieilles brouettes en métal. Nous rigolons même tellement que lorsqu'il a fallu me déplacer pour faire peser et enregistrer mes bagages, je n'ai pu en prendre un seul. Les gamins se sont jetés dessus, se faisant tous un plaisir de les porter. Il me font même couper la queue. Passant devant tous les autres passagers. Lors de la pesée arrivent le détail que j'avais totalement oublié. Le surpoid. J'ai droit à vingt kilos. La totalité de mon matériel devant atteindre les 55 kilos – vélo compris et le matériel lourd, les optiques, sur mon dos. Diable. Voilà des vols qui vont me coûter très chers. Non. Les prix sont afhans. Le kilo supplémentaire me revient à un dollard US. Je m'en sort pour trente dollars, n'osant imaginer ce que cela me coûterai si j'étais tombé sur le fonctionnaire intransigeant du service des bagages de l'aéroport de Genève. Je paie donc sans discuter. Moitié en dollars, moitié en afghanis – j'ai déjà liquidé mes rials iraniens. J'oubliai de préciser que l'Afghanistan a ceci de particulier que vou pouvez payer en monnaie de votre choix. Combien de fois j'ai mélangé la monnaie nationale à des dollars US. Kabul. Peut à dire. Je n'y suis resté qu'une nuit. Beaucoup de soldats. Beaucoup d'armes. De barbelés. De véhicule blindés. Je n'ai pas une bonne impression. Je n'ai pas envie de tarder dans cette ville. Je lis dans les nouvelles que des soldats du contingent étranger se sont fait piégés à Kunduz. Mon étape principale pour passer au Tadjikistan. Je prends finalement un billet d'avion direct pour Dushanbe. Les prix sont toujours afghans, tout comme le tarif du kilo supplémentaire. Je débarque enfin en Asie centrale en compagnie d'un Suisse, responsable Asie d'une grosse ONG. Nous discutons un peu avant de partir chacun de notre côté. Je redécouvre les arbres. Les terrasses. L'alcool. Mais aussi les femmes circulant non voilées dans les rues. Les fantômes noirs et bleus ne sont plus. Je me rends compte à quel point il y a un manque dans les rues iraniennes, syriennes ou afganes. Il manque cette pointe de finesse et de beauté qu'apportent les femmes. Je n'éprouve que plus de respects pour les femmes de ces pays obligeant à se couvrir intégralement pour sortir. Dushanbe devrait être une étape. J'y fait mon visa chinois – encore une semaine d'attente – avant de continuer vers l'Est. Je prévois le Pamir. Des paysages de fous et des cols mythiques. 4200m, 4655m d'altitude. Tous peuvent se faire à vélo. A condition d'avoir les mollets qui tiennent. Que vienne ce visa chinois. En attendant je prolonge mes autres visas et apprends quelques mots de russe.

 
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