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J’ai laisse Istanbul en prenant le ferry. Petit raccourci me permettant de couper a travers la mer de Marmara. Je laisse l’Europe pour prendre pied en Asie mineur. Un autre continent. Gigantesque. Pouvant me mener jusqu’au detroit de Bering. Je roule allegrement. Pensant deja a tout ce que me reservent les prochains coups de pedale. Premier arret peu apres Bandirma. Une reserve ornitho. Une cigogne accueille placidement le visiteur. Ou quand deux migrateurs se rencontrent. Plaisir des yeux dans cette reserve. Je promene mes jumelles des Pelicans aux Cormorans – le Grand et le pygmee – en passant par Busard, Canards en quantite et Flamands roses. Et parmis eux, un Rougequeue noir. Un male magnifique. Bien sombre. 
Je prends la route en passant a travers monts. Preferants les paysages accidentes au risque d’un vent de face en longeant la cote. Je passe aux cotes de cultures en pente, dans des forets de coniferes ou l’on voit parfois la fiere silhouette des cedres pointer au sommet des cretes. Au plus haut de la route je n’aurais plus que des chenes rabougris et des genevrier. Quelques traces de neige aussi. Plaisir de pedaler dans ces regions - malgres les rampes – ou la verdure regne, ou les fontaines ont toutes – sans exception – une tasse pour quiconque veut se rafraichir. Un veritable appel a la pause auquel il est difficile de resister. Plaisir – encore – de rouler sur de petites routes. Sans circulation. Surprise de voir certains routier s’arreter derriere moi et attendre que la voie se degage. L’arrivee dans les villes me fait vite dechanter et les jurons s’elevent parfois contre des camions kamikases et intolerants. D’un bivouac couvert de givre, je regagne la cote. Laissant les troupeaux de mouton voraces pour les oliveraies et les orangeraies. Je debarque aussi au milieu de vestiges grecos-romains, chretiens et egyptiens. Je m’amuse a Bergama, naviguant entre la basilique rouge – temple egyptien reconverti par les chretiens et servant actuellement de mosquee et les restes grecques des collines. Du temple d’Athena a l’amphitheatre de dix milles places. Le tout sous l’appel du muezzin qui, cette fois la, prend des allures de musique soufie. Je reste subjugue. J’admire l’avifaune tournant au dessus du site. Monticole bleu, Sitelle, Bruants – fou, proyer et zizi – Rougequeue noir et j’en passe. Tous spectateurs improbables d’un theatre s’etant tu l y a plus de vingt siecles. Seul leur cris et chants emplissent l’espace.             La route me mene jusqu’a Selcuk. Tout proche de l'antique Ephes. De port, la ville a connu sa decheance par le comblement de la plaine. La mer est maintenant a plusieurs kilometres. Selcuk c’est aussi le festival du chameau. Traduction litterale de l’anglais, on parle de dromadaire. De combat de dromadaire. Fete royal ou des males se battent pour les faveurs de femelles. La regle est simple. On lance deux dromadaires l’un contre l’autre et le premier qui tombe ou s’enfuit a perdu. Les betes sont massives, puissantes. Bref, impressionantes. Il n’est pas rare de voir l’un des combattant lever son adversaire par le cou. Pourtant, la plupart des spectateurs ne semblent pas s’interesser au combats. Seuls les touristes et voyageurs se promenent entre les betes pour immortaliser les parures vivement colorees. Chaque groupe – ou famille – est venu avec son grille. On mange – poulet, sardines, pain, tom! ate – et on boit – raki et biere le plus souvent. L’ambiance est a la fete. Pas aux dromadaires. Ou si peu. On boit, mange, s’amuse, danse. Les musiciens sillonnent les foules en quete d’un billet glisse dans les trous des flutes. Alors les groupes s’arretent et jouent. Alors les fetard s’animent. Levent les bras et se mettent a tourner. A danser. Les musiciens suivant les danseurs dans leur ronde. Les joueurs savent se montrer convaincant. Le pavillon des flutes se balade tres proche de l’oreille jusqu’a ce que vienne le billet. Ensuite? Ils continuent vers un autre groupe. Bon enfant. Je voix de nombreux paralleles avec les combats de reine en Valais. Meme arene, memes rondes des combattants a venir. Attendant dans l’arene que le combat en cours se termine. Provocant. Bavant. Se frottant sur le sol. On voit aussi toute cette fete. Boisson et nourriture a vendre un peu partout. On voit aussi les proprietaires aux demarches peu assuree, saouls et fiers de mener leur betes au combat. Les oreilles et yeux en prennent plein dans une telle occasion. Il suffit de cadrer et declencher. Les sujets se presentent d’eux-meme. Je me regale.               Je resterai encore quelques jours a la pension Tuncay. On s’y sent presque dans une famille. Ce sont eux qui ont organise l’expedition au festival. Emportant nourriture, boisson, grille et charbon et les touristes logeant dans la pension. Difficile de repartir de suite d’une telle ambiance. J’arrive tout de meme a m’arracher apres avoir appris quelques uns de ces jeux turcs – Backgammon entre autre – et discuter quelques heures avec l’equipe et je continue ma route vers le sud-est. Toujours plus d’oliviers. C’est la saison des recoltes. Les baches sont tendues sous les arbres et on entend les coups de baton contre les branches. Je me fait plaisir en bivouacant sous un olivier. Passant la soiree et la matine a admirer des fuligules en hivernage sur le lac de Bafa et a prendre la flore en photo. La vie garde ses droits en hiver dans ces regions. Je trouve des fleurs aux allures etonnantes. Chasse gardee d’u! ne araignee affamee. Je re-entends des chauves-souris. Noctule ou Molosse occupe a se remplir la panse. Je profite de la temperature clement pour sortir sandale et short. Le conifere est roi. Les roches sont sombres. Propres a pomper toute la chaleur estival. Je passe quelques marais et zones alluviales. J’ai l’impression de pedaler dans le melezin italien. Puis sur les cotes croates. Un minaret suffit generalement a me ramener les pieds sur terre. Quoique. Une mosquee particulierement claire sur fond de falaise et de verdure me renvoit une image indienne. Je voyage par la pensee. Aussi.    Voila trois jours que je roule sous la pluie. Deux nuits aussi que je pose mon bivouac entre pinede et oliveraie, detrempe. Presse d’enlever de pantalon allourdi par la pluie et de retrouver le sec relatif de la tente. Je me rends compte que la pluie me laisse indifferent. Il ne fait pas froid et je suis de toute facon detrempe. Non. C’est le vent qui me fait pousser une rage que je ne me connaissait pas. De ce vent de face dont les bourrasques vous stoppe net. Vous obligeant a pedaler peniblement a une dizaine de kilometres-heure. J’en ai deja parle dans un mail precedent. J’en parlerai encore. Le vent est ennemi du cycliste. La meilleure chose qu’on puisse se souhaiter entre cyclonomande, c’est le plein de vent arriere. Je prends alors nombreux pretexte pour faire des pauses. Plutot que de m’enerver, autant manger ou boire un peu. Pide, Gözleme, Börek ou Sahlep et Çai. Il y a toujours une table ou s’assoire et parfois on vous offre meme un the ou une orange. Comment refuser. Parfois les ruines d’un temple de Zeus vous donne pretexte pour un repas. Pain, tomate et olives. Un regal. Je me suis arrete a Fethiye histoire de faire secher ma carcasse, la tente et le sac de couchage. Me promene dans la ville entre trois – grosses - gouttes et deux eclairs, a observer le chateau des croises, les tombes creusees au milieu des falaises et les goelands planant dans le vent. Esperant juste que le barometre regagne ses quinze millibars perdus en dix heures il y a de ca 5 jours.       |