30-07-2010
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Kars, km 6498

Aucune chance pour le Tétras du Caucase. Trop de neige dans les sites favorables. On parle de deux bons mètres d'épaisseur à parcourir sans matériel adéquat. Je prends mon mal en patience et profite de ce temps à disposition pour reprendre contact avec la vie universitaire. Je navigue dans la faculté de foresterie à boire des thés dans les différents bureaux. Tout le monde a entendu parler du suisse en visite. Forcément. Ma surprise vient qu'on me présente comme un doctorant en visite. Je souris en y pensant. Pourquoi pas. Si cela leur évite des petits tracas administratifs. Il faut avouer que je suis au petits soins. Logé dans l'hotel de l'université – partie de l'école hotelière - en bord de mer. Je savoure. Je déguste mon courrier. Ouvre les fromages et chocolats. Les humes en admirant Plongeon arctique et dauphins de la Mer noire. Je vois enfin flipper. Une première pour moi. Je prends mes petit déjeuners dans le restaurant de luxe de l'hotel. Servi par des étudiants trop timides pour pratiquer leur anglais. Je ne résisterai tout de même pas à emporter mes jumelles pour observer en hauteur. Juste une matinée. Les étudiants sont morts de rire. Je gagne un café supplémentaire.

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Je suis à Trabzon pour rencontrer un professeur. Sagdan Baskaya. Spécialisé dans le management de la biodiversité forestière. Il suffit de trotter en forêt avec lui pour que chaque trace trouve preneur. Loups et renards. Ongulés. Pas d'ours à cette saison. Les heureux veinards dorment encore. Oiseaux. Nous sillonnons quelques bouts de montagne à la recherche d'une espèce endémique de cette région du monde. Proche cousin de notre Tétras lyre, le Tétras du Caucase doit faire face aux mêmes problématiques. Il voit son habitat fondre à vue d'oeil. Les dérangements se succèdent et augmentent. Nos tentatives restent sans succès. Beaucoup de faune, mais de tétras, point. Les Tétraogalles, Perdrix et Aigles en migration compensent largement. Je passe aussi beaucoup de temps avec deux de ses étudiants. Sercan et Ali. En leur compagnie, impossible de payer quoique ce soit. Je suis invité. Je dois accepter. Même pas possible de payer les thé. Ces filous disent au serveur de refuser mon argent et prendre le leur. Je profite de la cosmopolite et passionnante Trabzon sans me douter que j'y reviendrai. Je visite les rues et bazar russe, me remet au cyrillique pour comprendre ce qu'on y vends. Profite des terrasse pour boire un café turque. Parle – relativement souvent – allemand avec des turques ayant vécu dans la Rhur ou à Berlin. J'en rencontrerai souvent au long de mon périple turque. Parfois dans des endroits bien perdus de l'Est anatolien.

 

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La côte de la Mer noire est un océan de verdure lorsque l'on arrive des austères plaines. On passe des mortes et brunes steppes aux noisetiers et théiers verts. Les arbres sont là pour nous rappeler l'importance de la verticalité dans nos paysages. La région est productrice. La Turquie est le premier exportateur de noisette au monde. Ella Maillart - lors de son voyage vers les Indes en 1939 - y rencontre un compatriote occupé à acheter les récoltes de noisettes pour les chocolatiers suisses. Las. Comme toute côte qui se respecte, le béton est roi. Les maisons viennent se caser entre noisetiers et théiers. Me rappelant les villas perdues au milieux de vignes valaisannes. Saugrenues. La terre est sacrifiée à l'habitat. Les forêts sont sacrifiées au profit du bétail. La faune monte et se perds dans les hauteurs. Il nous faut grimper des vallées perdues et encaissées pour observer les premières traces de faune. Je me remet même joyeusement à la botanique en compagnie de collègues de Sagdan. Admire Crocus, Anémones, Cyclamens et Gagées.

 

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Je dois prendre le temps d'aller en Géorgie – à l'ambassade de Turquie de Tbilisi – pour aller chercher un visa. Celui qui me permettra de grimper le Mt Ararat avec mon frère. Je passerai deux jours dans ce pays ayant défrayé la chronique en août passé. Lors de ma soirée fêtant mon départ, mes amis me demandaient si je n'avais pas prévu de passer par la Géorgie. Non non. J'éviterai ces terres de conflit, disais-je. Tu parles. Quelle erreur. On m'accueille à la frontière avec un sourire. Enorme. La douanière – mignonne en plus - feuillète mon passeport un long moment – à deux heures du matin – me laissant douter de mes informations de tampon géorgien. Elle me le rend duement tamponné en me disant que notre passeport est magnifique. Sa collègue – ma foi mignonne elle aussi – me le confirme. J'éclate de rire et les remercie. Heureux de voir qu'il existe des fonctionnaires préférant célébrer la beauté que les taches rébarbatives. La Géorgie va me plaire. Les haut-talons et les jupes me rappellent que le pays est chrétien. Je liquide mes paperasses en expliquant que je dois quitter le pays le soir même. Petit mensonge pour profiter pleinement de ma soirée et de la deuxième journée dans le pays et aller voir Krista et Dan, un couple anglais et cycliste que j'ai rencontré à Istanbul. Nous nous étions loupé à Trabzon. Nous avons coordonné nos dates et passons une journée à Tbilisi. A parler des routes turques, de nos chemins respectifs depuis l'européenne Istanbul. De nos routes à venir. De nos dates de passage en Asie centrale et Chine. Je leur donne même – par leur questions – un mini cours photo. Je laisse donc Aaron – américain travaillant dans le pays pour une ONG et chez qui j'ai logé – Krista et Dan pour rentrer en Turquie.

 

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J'accueille mon frère à l'aéroport d'Erzurum avec un énorme sourire. Sept mois que je n'ai pas revu la famille. Nous partons le lendemain pour Dogubeyazit. Plein d'espoirs. Il m'avait annoncé sa visite en décembre. Je luis avais proposé - le plus légèrement du monde - l'ascension du Mont Ararat. Le point culminant de Turquie. Un volcan d'à peine 5165 m d'altitude. La légende dit encore que Noéy aurait échoué son arche. La proposition c'est faite sérieuse. Nous avons cherché et recoupé nos infos chacun de notre côté - trouvé l'agence de voyage locale qui nous donnera guide et permis obligatoire pour cette ascension. L'Ararat est au confins du Kurdistan turque. Proche de l'Arménie - toujours en froid avec la Turquie - et l'Iran. La zone est classée militaire et il nous faut un permis spécial pour nous y promener. Première déconvenue. Je ne peux pas le recevoir en Turquie. Cela n'a jamais été essayé et on préfère assurer avec l'administration turque. D'où le sourire géorgien. L'ascension a été un échec. Le seul de mon voyage jusqu'ici. Nous chargeons trop de nourriture. N'emportons pas assez de tentes. Le guide fonce sur tout ce qui se mange. Y compris mon gruyère envoyé de Suisse. Seul le jambon le fait fuir. Je planque mon gruyère. Il s'invite dans la tente pour le petit déjeuner. Coupe le fromage – et ma natte - sans prendre grand soin. Nous nous retrouvons – avec Gaël – à étaler tous nos habits et la couverture de survie entre les nattes et nos sacs de couchage pour espérer dormir un peu sur le sol gelé. La neige fini par tomber au deuxième camps – à 3800 m. - les vivres emportés par nos soins sont insuffisants - le guide dévore tout - pour rester une deuxième journée et le mal de crâne de l'altitude nous guette. Plus tendus et nerveux qu'autre chose, nous décidons d'arrêter. Nous redescendons. En finissons avec ce crétin. Le trou de son couteau dans ma natte me rappelera longtemps son irresponsabilité autant que le plus grand flop de mon voyage. La seule foi où j'ai du me reposer sur une autre personne pour guider mes pas. Même les surprises à plumes de la montée ne compensent pas.

 

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Nous changeons radicalement de programme et décidons de laisser Erzurum et de filer à Trabzon. Aller chercher la verdure. Nous faisons les touristes. Visitons églises et monastères chrétiennes. Passons quelques soirées dans les bars. Nous tombons même sur un match de Trabzon sport. Je me retrouve en Afrique alors que j'y roulais pendant la coupe d'Afrique des nations. Toutes les tables sont occupées et Cemal vient occuper la seule chaise restant dans le bar. A nos côtés. Nous finissons par sympathiser et buvons de nombreux verres à la santé de nos futurs. A ma route, aux crevettes et bien d'autres. Surprise avant de partir. Cemal paie tout. Y compris notre repas. Je ne m'y ferait jamais. Surtout parce que je ne suis pas certain qu'ils ne trouvent jamais en tel accueil en Europe. Plus je passe de temps dans ce pays, plus je me demande où sont donc les turcs de nos préjugés. Impossible d'un trouver un depuis les 5 mois que je suis dans le pays. Je reçois 4 à 5 propositions de thé sur les bords de route pour une acceptée. Certains réparateurs refusent tout simplement d'être payé pour une après-midi de réparation et de rayonnage de mes roues – ou ne me comptent que le matériel. Ou encore ces trois jours de récupération de donnée de mes disques dur chez un informaticien ne parlant pas anglais. Je lui laisse les films et une de mes mascottes en retour. Une chauve-souris en peluche que j'avais emporté au fond de mes sacoches. Pour son enfant poussant encore dans un ventre. Il me fait écouter le Yann Thiersen d'Amélie. Je lui montre le film. Il me montre ses images de commando dans l'armée turque tout en écoutant de la musique soufie. Il y a comme un décalage. Il me suffit de parler d'armée en Turquie pour nous trouver chanceux. Armée de milice aussi. Mais les risques sont bien plus important que notre folklore gris-vert. Je continue tout de même à me demander à quoi peuvent bien servir ces hommes verts. Le réel enjeux des défenses stratégiques. Justifications de budgets aussi faramineux que loufoques. Ces hommes gris-vert. Les mêmes qui m'avaient empêcher de réellement voyager et profiter de la Syrie. Je sais que je n'en ai pas terminé avec eux.

 

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Nous profitons de nos dernières journées à visiter le monastère byzantain de Sumela - niché au milieu des falaises – et admirer les peintures. Les couches sont successives. Chacun y voulu y mettre sa marque. Certaines images se superposent. Passant du visage d'un saint à une scène chrétienne à la place des jambes. Nous nous faisons traiter de photographe professionnels par la simple présence du trépied. Bon. Pas de pause lente et fixe pour les peintures du 9è siècle. On utilisera les cailloux à la place. Nous parcourons encore la côte à observer les migrateurs. Festival de plume où Huppe, Tariers, Gorgebleue, Bergeronnette citrines, Pipit à gorge rousse et de nombreux combattants se promènent sur la grève. Juste en face de la ville. Nous en profitons pour remettre nos déterminations à jour avant de rentrer sur Erzurum. Mon frère repartis, il ne me reste qu'à pédaler jusqu'à Kars. Longeant la rivière Aras depuis sa source. La première journée de route se passe idéalement. Pensez. Pas de vélo depuis fin février. Deux mois de sédentarisme. Je renoue avec les collines et graviers. Le beau temps et le vent – arrière cette fois. Profite des relais des bus pour manger. M'arrête au bord de la rivière pour une sieste. Admire deux huppes perdues dans la steppe – juste à côté de mon bivouac. Ecoute chanter le Grand-Duc alors que je remplis mon carnet de route de mes hiéroglyphes. Bref. Je me sens revivre. La déconvenue n'en est que plus importante le lendemain quand mon guidon me reste dans les mains. Cassure nette. Et le guidon est en alu. Impossible de ressouder. On essaie, mais la réparation de tiendra que ... vingt mètres. Je suis réduit à tenter d'arrêter l'un des nombreux utilitaires passant en direction de Kars. Une bonne âme roulant en sens inverse s'arrête. On charge tout. Vélo et moi. Roule jusqu'à la ville la plus proche, traversée la veille. Il me laisse à la police me disant qu'eux sauront quoi faire. Effectivement. Je reçois mon thé sans trop tarder. Puis deux d'entre eux viennent vers moi en me disant qu'ils ont stoppé un bus pour Kars, avec de la place pour le vélo et qu'il m'attends. Le tout le temps d'un thé. Fin de route en bus. Encore. Je rumine sur mon siège me demandant quelle sera la prochaine pièce d'équipement à lâcher. Je débarque enfin et trouve Önder et Emrah de Kuzey Doga. Ils me logent dans l'appartement de leur association. Tout deux biologistes et ornithos, je me fais plaisir à les inonder de questions. Je fais aussi la rencontre de Christine, sino-américaine qui a décidé de venir voir un amis – l'un des fondateur de l'association – avant de rentrer à Pékin par voie de terre. Nous visitons toute la région avant qu'Önder ne me laisse à la station de recherche d'Aras.

 

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