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Bolzano aura été la première halte scientifique du voyage. Je tombe sur un colloque traitant de la conservation de la faune et la flore du sud Tyrol - ou de l'Alto Adige, comme vous préférez. Génétique. Botanique. Entomologie. Et ... Chiroptérologie. Un collègue que j'avais contacté à lépoque pour mon diplôme présente un inventaire des colonies de chauve-souris de la région. Nous finissons par discuter une bonne heure et à nous faire presque jeter hors du musée. La fermeture étant déjà largement passée. L'occasion pour moi de prendre connaissance de ce qui se passe juste de l'autre côté de nos frontières. De tomber sur une équipe motivée et dynamique - celle du musée d'histoire naturelle sis à Bolzano. L'occasion pour moi aussi de nouer des contacts avec d'autres biologistes et de partager nos expériences. 
La tête pleine de rapports et de présentations, je prends la route des Dolomites. Et m'attaque aux redoutables cols italiens. On m'avait prevenu. Ne jamais sous-estimer les routes italiennes. Jamais. Quelle que soit la montée. Il y a tout autant de virages, mais en plus raide. Allez savoir comment ils font. Les quatre cols suisses auront été une excellente préparation aux ... sept col italiens. Le Costalunga et sa montée progressive depuis Bolzano. Bonne préparation pour les cuisses. Elles ne savent pas encore ce qui les attend. Moi non plus d'ailleurs. Mais j'ai eu le temps d'affiner ma technique: la plus petite vitesse, et on pédale. Sans trop s'arrêter. Tout cela sachant qu'on traverse une région totalement libre d'armement nucléaire. Allez savoir pourquoi, on pédale plus léger et tout guilleret. Le Pordoi et le Falzarego sont deux cols terribles. Des la première pente, un panneau affiche le nombre d'épingles à faire. Et chaque virage a son petit numéro double de ... l'altitude. Ceux qui sont déjà montés jusqu'à Morcles et plus haut à vélo comprendront facilement. Les 20 mètres de montée à chaque épingle ne sont pas les seules raisons de mon qualificatif de terrible. Ces cols ont vu défiler les armées: Italiens. Allemands. Austro-hongrois. Des hommes se sont battus dans ces régions de montagnes. Au milieu des falaises. Les articles de l'époque s'extasient des données techniques. Cratères de 12m de profondeur. 10 tonnes de roches envoyées dans un rayon de 400m, 55 tonnes d'explosif installé sous les fesses de l'ennemi - littéralement. Mais des pauvres bougres, rien du tout. On devine juste qu'ils ont fait partie du matériau envoyé dans les airs. La folie des hommes dans tout son horreur. 
Le Pordoi, c'est aussi faire face aux fabuleuses et improbables falaises de calcaire. J'avais toujours en tête - en pensant aux Dolomites - de gigantesques faces - abruptes à souhait. Les montagnes sont fidèles à mes pensées. Brutes. Droites. Ces montagnes ne vont pas par quatre chemins. Falaises. Eboulis. Forêts. L'étage alpin est quasi inexistant. Il faut le chercher. Au vu des falaises folles, j'avais espéré un bivouac face au calcaire. En tête à tête. J'ai finalement installé mon couchage dans le mélézin. Au pied de blocs énormes, témoins de l'érosion rongeant nos Alpes. Ces mêmes blocs me permettant de faire quelques paysages. De leur sommet. Le milieu y est tel que je trouverai un tapis de Dryade à huit pétales et des Edelweiss sur leurs sommets. En pleine forêt. Des Edelweiss. Improbables les Dolomites? Oui! 

La descente du Pordoi et la montée du Falzarego se sont faites sous la pluie. L'occasion pour moi de tester l'étanchéité de ma veste. L'essai fut concluant. Je fus trempé. Après trois heures de montée. Tellement étanche que même ma transpiration de sort pas. Je me sens équipé pour la suite et l'hiver turc. Je m'octroie un arrêt dans - je cite le Lonely Planet d'Italie - la ville la plus chère de la région. Le Verbier des Dolomites. Le prix de la chambre me refroidit un peu, mais entre mes affaire détrempées et ma natte trouée, je ne suis que moyennement motivé par le bivouac ce soir-là. Bien m'en a pris. C'est dans cette station que je recevrai la première marque d'hospitalité du voyage. Carlo, patron de l'hôtel Astoria, émerveillé par la route que j'entreprends, m'offre la chambre et le petit-dejeuner. Simplement parce que j'ai choisi de pédaler. Je les prends en photo. C'est le moins que je puisse faire. 

La suite passe par le Tre Croci. Avant goût des Tre Cime. La montée est déjà raide. Mais rien comparée à la montée suivante. Me mena au pied des trois faces les plus fameuses des Dolomites. Je m'écroulerai une ou deux fois sur cette dernière montée. Quelques bancs étant installés au meilleur endroit pour un cyclo-nomade surchargé. Je fais deux fois le kilométrage tellement je zigzague pour alléger la pente (17%...) Je dois calculer les croisements avec les voitures pour ne pas être du mauvais côté de la route. Et aucune, compréhensive, ne klaxonne d'impatience. Dans mon cas on aurait peut-être plutôt parlé de pitié. Mais là n'est pas mon propos. Arrivé au pied des Tre Cime, on ne peut rester que quelques nuits. On en bave trop à la montée pour redescendre de suite. Et il faut le dire, les environs valent le détour. Je sillonnerai la région pour prendre des photos. Paysages. Macros. Autoportraits. Si si. Observerai les Pipits et Traquets motteux méfiants. Les Chocards toujours aussi téméraires et les Grands Corbeaux. Malheureusement aucun Aigle ou Gypaète. Je les avais espérés. Peine perdue. Les marmottes rythment la journée. Fonction des touristes marchant sur les autoroutes que sont les chemins dans ce coin d'Italie. Il me faut profiter au maximum de ce milieu alpin que je connais si bien. En une journée, je serais en bas. En plaine. Une journée pour passer des chocards aux corneilles mantelées. 








Une journée aussi à longer des rivières. Une journée à verser une larme pour nos rivières suisses. Quand on voit ce qui se fait ailleurs. Des fleuves tout similaires au Rhône, mais dont le lit est trois à cinq fois plus grand. Déprimant. Tout comme la remontée vers Tarvisio. 50 km de vallée. 50 km de zone alluviale. La Suisse, avec ses timides renaturations a encore beaucoup de chemin à faire. 

Je mettrai fin à mon périple italien en montant un dernier col. Passant dans une autre vallée. Même drapeau bleu étoilé. Mais une autre langue. A partir d'ici je ne comprends plus sauf si on me parle en anglais. Ici il y a 20 ans commençait l'effroyable bloc de l'est défendu par les forces du pacte de Varosvie. Fini tout ça. La Slovénie. Pays vert. Pays de forêts. Dernier pas de la chaine alpine aussi. J'y ferai mes adieux aux Alpes depuis le pied du Triglav. La neige - déjà - m'empêche d'y monter. J'aurai traversé les Alpes dans leur longueur pour mieux aller vers les chaînes mythiques que sont le Caucase et l'Himalaya. 

J'ai longé la rivière Sava. Plus longue rivière Slovène. Je me suis émerveillé de sa clarte malgré les deux jours de pluie. Lors de mon passage à Kranj, je tombe sur une compétition de combiné nordique en ... roller. La vitesse à laquelle les coureurs se deplacent ne prête pas à rire. Proprement impressionant. J'aurai même droit à un hop Schwyz. Des suisses participent à cette course. Je roule maintenant vers Ljubljana et Zagreb après un arrêt chez Matej à Škofja Loka. Photographe de talent, alpiniste acharné, vttiste fou, l'homme - et sa famille - sont attachants. Leur accueil d'une nuit aura été bienfaisant. 
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