10-03-2010
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Monthey, km 9672

Depuis Osh je longe la frontière ouzbèque. Les champs de coton ouzbèque plutôt. La verdure est à perte de vue. La plaine fleurit. Au prix de l'eau. Dès que vous sortez des champs, dès que vous montez dans les montagnes la terre est sèche. Jaune. Attaquée par le soleil. Sans pitié. La route d'Osh à Bishkek longe des canalisations. Longe l'eau utilisé pour l'agriculture. Pour le coton. Dans ces régions je passe à côté de panneaux vantant les médailles soviétiques du mérite agricole. Pronant une surexploitation. Les plans quinquennaux ont souvent du être respecté ici. L'eau coule en abondance – a priori – et la terre se prête à être travaillée. Le prix de cette culture se paie plus loin. Bien plus loin. Du côté d'une mer fantôme. La fameuse mer d'Aral.

C'est les pieds dans la neige que je passe mes derniers cols. Bas ceux-ci. Seulement 3200 m. On change son échelle dans un tel voyage. Le col est bas. Oui. Les bergers le parcourent avec leurs troupeau. Les poids-lourds continuent de passer malgré la neige aux alentours. Les cols ont été recouverts alors que je longeait une gorge. Une journée de mauvais temps. Neige à 3000m. Cette neige a sonné comme une alarme chez les nomades et tous replient leur campement. Je longe des yourtes à différents niveaux de démontage. Jusqu'au camion chargé ras bord avec toute la famille. Les hommes et jeune garçons descendent les troupeaux, tous en ligne. Tous sur la route. Je pédale dans les montagnes du Kirghistan en pleine transhumance, ils descendent alors que je gravis mes cols. Occupant allègrement toute la route. Sans prévenir. Sans affiche. Tous descendent à pied. Sur 8 jours de route à travers les montagnes, je n'ai vu aucune bétaillère. Les bergers - et bergère – sont sur leur chevaux. Avec leur équipement. Ils descendent les troupeaux. 3 à 4 jours de route. Tout au plus. Moutons. Vaches. Chevaux. Quelques ânes et chèvres entre deux. Ils restent groupés. En général les chevaux devant, les moutons ensuite et les vaches en derniers. Je profite du premier col de ce bout de route entre Osh et Bishkek pour faire le plein d'eau. Fraîche. Je ne vois que neige au loin. Pas de troupeau. Pas de risque à remplir mes bouteilles. Je profite pour aller toucher cette première neige. Me prendre en photo, pied nus dans les sandales et dans la neige. Juste pour le fun. En m'amusant je ne peux m'empêcher de me dire qu'il est temps de laisser les montagnes. Bientôt la météo kirghize sera mauvaise pour le cycliste. Glaciale. Neige. Vent. Les nomades l'ont bien compris. Eux quittent le confort de la yourte estivale pour habiter du dur tout l'hiver. C'est les pieds dans la neige que je met réellement un terme à ce voyage. C'est les pieds dans la neige que je peux commencer à rentrer en Suisse. Par la pensée du moins.


Bishkek, capitale du Kirghisztan, ou Kirghizie, ou Kirghistan. Je n'ai pas pu trouver d'orthographe convaincant – ou cohérent - pour ce pays. Ex république soviétique. On retrouve sans peine l'architecture type en parcourant la ville à la recherche d'un lit. Masse de bétons. Gris. Sans fioriture ni annexe qui en dépassent. C'est aussi dans bishkek que je trouve des statues à la gloire des soldats soviétiques. Je ne m'y ferait jamais. Autant Dushanbe était une ville faite de théatres, autant Bishkek est une ville de parcs et de verdure. Je vois des places vertes, avec statues – bien sur – et des bancs partout dans la ville. De l'ombre presque partout. Rendant les chaleurs estivales presque agréables. Bishkek est aussi ma dernière étape de ce voyage. Je reprends l'avion depuis ici. Je profite de mon temps dans cette ville. Me repose et ne fais rien d'autre. Il faut aussi dire que je suis parti de Osh il y a huit jours et que j'ai roulé sans interruption. Je me repose donc. Je fête mon dernier jour de route par un restaurant chinois. Une des rares fois où je sors de table rassasié. Rare pour un cyclo-nomade. Je mange aussi beaucoup à Bishkek. Récupère des calories perdues. Ainsi est le temps du cyclo-nomade débarquant dans une ville. Dormir, manger, récupérer de sa fatigue. Les visites viennent seulement ensuite. Voyager c'est apprendre à ne pas vouloir tout voir. C'est apprendre à profiter de son temps.


Une nuit de voyage. Une seule nuit. Une nuit de voyage pour avaler la route faite en treize mois. Une nuit de vol pour passer sur une année de contacts chaleureux, de rencontre heureuses et malheureuses. Trop rapide. C'est dans l'avion que le but et les raisons d'un tel voyage à vélo sautent aux yeux. L'avion est ennuyeux. Fatiguant. J'ai tout juste le temps de trouver un kilo de baklavas à Istanbul avant de sauter dans l'avion suivant. Huit heures de vol. Assis. Relativement confortablement. Sans être certain de retrouver tout mes bagages à Zurich – j'ai appris à me méfier du traitement d'un vélo et de sacoches de vélos dans un avion. A deux heures du matin à Bishkek, l'enregistrement c'est fait sans trop de problèmes. Entre mon vélo et mes quarante-cinq kilos de bagages, j'ai eu à payer seulement le vélo. Parti à 3h du matin donc, j'atterris à Zurich à 10h. Huit heures de vol avant d'être accueillis par la sécurité Zurichoise. Les passeports sont contrôlés à la sortie de l'avion. Des fois qu'un méchant immigrant ose entrer en Suisse sans visa. Bienvenue en Suisse. Terre d'accueil et d'asile. Cette vision me fait marmonner dans la barbe un long moment. Je suis accueillis par mon oncle et ma tante pour une journée. Je retrouve des amis en ville de Zurich. Bois des bières avec Julien sur une terrasse d'un bistrot. La youtze sort de la porte. Hurle plutôt. Voilà à peine une demi journée que je suis de retour en Suisse et j'ai déjà droit aux culottes de cuires et yoddles. Je me sens perdu dans les rues de Zurich. Peine à retrouver mes repères. C'est en roulant à travers l'Oberland zurichois jusqu'à Lucerne que je remets doucement les pieds sur terre. Puis Berne, chez Christel puis chez Anne et sa smala. Je profite même d'être en ville au bon moment pour aller écouter la présentation de thèse d'un amis. Recroise mon prof de diplôme et d'autres collègues. Je navigue joyeusement dans la campagne suisse. Depuis Berne je revisite des coins que j'ai longuement parcouru durant mes études. C'est le Seeland et tous ses champs, fameux pour les migrateurs. C'est le Fanel et la rive sud du lac de neuchâtel. Une centaine de Courlis cendrés attendent placidement sur les bancs de sable. Près à passer l'hiver chez nous. C'est assis sur la digue du canal de la Broye avec Jérôme, un ami biologiste et cyclo-nomade, que je me rends compte à quel point cette partie du lac de Neuchâtel est proprement intemporel. Assis sur la digue, en train d'oberver els oiseaux migrateurs, rien ne m'indique réellement que je suis en Suisse. Je suis simplement en train de faire ce que j'ai déjà fait en roumanie, en Bulgarie, Turquie, etc... Observer. Assis sur cette digue à observer un Gorgebleu à miroir et une Marouette je me souviens avec nostalgie – déjà – de la Turquie. En voyant les roselières et le lac c'est le delta du Danube qui me vient à l'esprit. Assis sur cette digue je fais, d'une certaine manière, le deuil du voyage. Il est terminé. Il me faut revenir en Suisse. Et Barbara, chez qui je loge les soirs qui viennent, me surprend en invitant les amis de biologie de Neuchâtel. Petite soirée entre amis après treize mois de route. Le retour se fait à petite dose. Cette soirée autant que le Fanel y contribuent grandement. Je continue ma route. Neuchâtel - Lausanne avec mon frère. Petit arrêt dans la ville olympique puis jusqu'à Villeneuve. La suite et la fin de ma route se fait avec des amis et famille jusqu'à Monthey. Pierre-Yves et Jean-Paul, enseignants au CO de Vouvry, ma soeur, Steph, son fils, Dorian et son ami, Pierre, Gaël, mon frère avec un collègue que je connais aussi, Paulo, Aristea, rencontrée mon premier jour de route, entre Sion et Sierre, Thierry et François, amis et collègues, mon oncle aussi, Fritz qui est venu à vélo depuis Monthey. Je laisse mon vélo à qui veut bien l'essayer. Nous pédalons joyeusement jusqu'à Monthey, avec des haltes pour voir la fille de mon frère et sa femme Chloé et Claire, Croiser Gaëtan, Noémie et Robin, et – accessoirement – changer mon pneu qui a littéralement éclaté à 6 kilomètres de ma maison. Les derniers kilomètres se font dans les rires et la joie. Joie pour moi de revoir tout le monde. De retrouver mes deux grand-mères à la maison. Joie et tristesse de me dire que je pose le vélo pour longtemps. L'apéro qui suit avec tout les cyclistes – et d'autres – me permet de revenir et réaliser doucement que je suis bien de retour en Valais. Jusqu'au prochain voyage en tout cas.

 
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