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Petite étape, longue pause. Je serai resté un mois dans ce petit village du Delta du Danube. Largement le temps pour moi de visiter - écumer plutôt - les environs à la recherche de la gente ailée. En attendant ma jante. J'ai passé des journées entre roselières et champs. Observé toujours avec un plaisir infini les oies cendrées comme les fameuses Bernaches à cou roux. Panure à moustache et Pygargue à queue blanche. J'aurai aussi passé ce mois à essayer de capter le vol des busards. Habitués de ces étendues de roseaux et de jachère. Toujours en pleine chasse. On pense qu'ils seront continuellement occupés par les rongeurs et oiseaux. Mais non. Leur route ne croisera que rarement la mienne. Une légère inflexion de vol. Toujours suffisante pour passer bien trop loin pour mon modeste objectif. Ces busards m'auront fait peste. On peut le dire.  


Comme pour tout site que l'on se met à visiter régulièrement une liste des réguliers va s'opposer aux surprises qui font plaisir. Non pas pour la rareté de l'espèce, mais pour la surprise de la voir dans les environs. Imaginez ma surprise en tombant sur des Chevêches, après avoir observé le gigantesque Pygargue à queue blanche, régulier du site. Mon oreille a sursauté au chant d'une Rousserolle, perdue dans ces roselières et - ma foi - bien tardive pour sa migration. J'ose espérer qu'elle est maintenant plus en avance que moi, et qu'elle se réchauffe les plumes au soleil d'Afrique. Sillonner un site régulièrement, c'est aussi tomber sur des plumes et des cadavres. Qu'elle ne fut ma surprise de trouver des restes de Pygargue - encore lui - une cartouche de chevrotine non loin. Impossible de dire si l'un et l'autre sont liés, mais l'homme et la nature ne font pas toujours bon ménage. Les chiens font aussi leurs ravages, et des cranes et plumes de Goélands, Courlis cendrés et de Cygnes viendront s'ajouter à ma liste macabre. 















Je me suis aussi intéressé aux vivants. Ceux à deux jambes. Ceux qui sillonnent les bords et l'intérieur de la réserve intégrale pour mener les troupeaux aux pâtures. Moutons ou chèvres. Parfois quelques chevaux et vaches. Ceux - aussi - qui vont récolter le maïs à la main. Les mêmes qui vont encore couper les tiges de maïs pour les donner au bétail. Je vois des montagnes de maïs dans les cours des maisons. Rien ne se perd dans la région. Tout est réutilisable. Combien d'amis de mes logeurs m'ont demandé pourquoi je ne faisais pas ressouder ma jante. Il me suffit de montrer l'entendue des dégâts. Ils comprennent. Et continuent à me poser des questions: Comment ? Pourquoi ? Avec quel argent ? Et ... Seul ? Les mêmes questions reviennent toujours. Elles provoquent elles-mêmes mes interrogations. Seul ? Oui, ca va, pas trop dur. Contact régulier avec la famille et les amis. Pourquoi ? Pourquoi pas. Voyager à vélo une fois suffit pour vouloir aller voir plus loin. Argent ? On économise. C'est aussi possible. Parfois. Et les mêmes questions roulent. Indéfiniment. Entre un friture de Sandre et un morceau de brochet nageant encore dans sa soupe. Je me serai fait une cure de poisson à Murighiol. Il suffit que de la famille ou des amis de mes logeurs arrivent pour que la soupe de poisson à la mode roumaine mijote sur le feu ... et que je sois cordialement invité à déguster le poisson frais. Accompagné de bière, de vin local, de Tzuica ou ...d'eau.





Je me suis fait aux plombs qui lachent. Rafistolé de fil de cuivre pour prolonger son utilisation. Aux coupures d'eau et au froid. Le hall mal isolé et les radiateurs qui surchauffent la chambre. Murighiol est juste au bord du Danube. Mais l'eau est puisée en profondeur. Ma logeuse me racontait les journées de pêche sur le Danube où il suffisait de plonger sa casserole dans le fleuve pour avoir le liquide nécessaire à la préparation de la soupe de poisson roumaine - divine recette. On ne le fait plus. Le fleuve est pollué. A l'extrême. Avec Mark - à Budapest - nous avions cherché des informations sur la pollution du fleuve. La liste de métaux lourds présents dans le delta nous a effarés. Je m'efforce de ne pas y penser en dégustant Silures, Sandres et Brochets fraîchement pêchés.
Je ne résiste pas à l'envie de vous donner la recette de la soupe de poisson roumaine. Un régal. De quoi vous réconcilier avec les arêtes récalcitrantes. Prenez Carpe, Brochet et Sandre ou Silure - selon votre pêche - nettoyez les poissons et coupez les corps en gros morceaux. La tête et le corps en deux ou trois. Faites chauffer de l’eau. Ajoutez-y pommes de terre, oignons, poivrons. Un peu de sel. Faites mijoter le liquide avant d’y ajouter les morceaux de poisson. Laissez cuire le tout sur feu de bois. Pendant ce temps, apéro a la roumaine. Vin frais, bière ou Svica. Lorsque le poisson est prêt, sortez les morceaux. Servez-les. Première partie du repas. Ensuite seulement. Dégustez la soupe.

Le cap du millier de photos est passé. Le premier carnet de route arrive à son terme. Temps pour moi de reprendre la route après avoir changé la jante - sur les conseils avisés d’un ami mécanicien sur vélo . Il m’aura fallu deux heures pour dévisser les rayons et les remettre sur la jante neuve. Il me faudra encore une journée pour régler parfaitement la roue. Ma crainte étant de charger une roue mal réglée et repasser par une casse.

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