10-03-2010
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Osh, km 8594

Pas de réponse de Pékin.

Rien.

Nada.

Niente.

Niet.


Pas de réponse de Pékin, signifie aussi pas de visa. J'ai perdu deux semaines à attendre a Dushanbe une réponse qui se refuse à arriver. Cette attente est arrivée à bout de mon visa tadjik (une semaine pour obtenir une quinzaine supplémentaire), de mon visa kirghize (une heure et le double du tarif pour refaire un visa d'un mois) et de mon permis pour la région des Pamirs (GBAO, une journée de perdu pour refaire – aussi – le permis), mais surtout, le but de ce voyage qui passe a la trappe. J'ai passé deux semaines à me perdre dans la paperasse et profiter du temps pour reprendre contact avec les miens depuis les cybers fonctionnant en fonction de l'humeur du réseau – pas toujours bonne, il faut l'avouer. La Chine m'est fermée. Je me demande pourquoi. La faute au blog du Nouvelliste? J'écris pour un journal sans être journaliste. Non. Bien plus simple. La faute aux révoltes ayant touché le Xinjiang ces dernières semaines. Une amie américaine travaillant à Pékin me l'a confirmé. Pékin ne donne aucune réponse aux voyageurs lorsqu'ils désirent traverser des régions où des troublent se déroulent. Pour notre sécurité. Je ne peux m'empêcher de penser que ce doit aussi être pour éviter les témoignages. Je n'en sais rien. Je me perds en conjecture et refais mes plans. La Chine. Chimère improbable. La Chine. Immensité surpeuplé qui se ferme au grès de l'humeur de Pékin. La Chine. But de mon voyage maintenant inatteignable. C'est en attendant ces deux semaines que je révise mon jugement. La Chine m'est fermé? Et bien je prendrai mon temps en Asie centrale. Profiterai de ces montagnes mythiques – les Pamirs, les Monts Célestes. Je n'ai aucun regret et n'attends de personne que l'on soit désolé pour moi. Je viens de passer une année sur les routes, à parcourir un bout de ce monde. Rencontrer des gens formidables, pour qui ouvrir les bras et accueillir est une seconde nature. J'ai passé une année à sillonner les routes, traversant des paysages fous. J'ai une année de contact chaleureux et de souvenirs – déjà – au compteur. De quoi me plaindre? La Chine sera pour un autre voyage. Je le sais. Cette terre m'est inaccessible pour cette fois. Qu'importe. Je reviendrai.

J'ai perdu mon temps à Dushanbe. Du courir après des paperasses sans fin. Il est temps de reprendre la route. Optimiste
. Sous le soleil tadjik. Mes bouteilles ne tardent pas à chauffer. Ma tête aussi. J'oubliai que je roulais par quarante degrés. Folie. Mes arrêts se font au grès des places ombrées et des rivières me permettant de rafraîchir quelque peu mes bouteilles d'eau. Certaines chaïkhana sont tout particulièrement accueillante et appellent à l'arrêt. Il suffit alors qu'une équipe de joyeux luron aie décidé de s'arrêter là pour siffler quelques théières et vodka pour qu'un simple arrêt se transforme en arrêt définitif. Je préfère ne pas reprendre la route avec 6 verres dans les pattes. La route est sinueuse et le canyon profond. Je m'écroule sur une des plateformes de la chaikhana avec la bénédiction du propriétaire. J'ai fait plusieurs arrêt dans ses maisons de thé pour la nuit. Jamais je n'ai eu de problème. Jamais nuit ne m'a été refusée. Reprendre la route après avoir été aussi chaleureusement accueillis ne peut se faire que le plus légèrement du monde. Même si la chaîne éclate après quelques kilomètres. Même si le soleil tape et assomme comme rarement. La piste est particulièrement imbuvable. Montante autant que descendante. Poussiéreuse. Me faisant crisser les dents à chaque passage de camion. A cela s'ajoute un visa de sortie ne me laissant que trop peu de temps. Je fini par craquer. Arrête une jeep pour gagner quatre jours de route. Cela peut se résumé à 13 heures de jeep se terminant par des courbatures dans le dos et des fesses douloureuses comme jamais je n'en ai eu en une année sur mon vélo. Cela me permet pourtant de prendre pied dans les Pamirs. La ville est petite. Repère de voyageurs. Tous se rencontrent à la même guesthouse. J'y croise des suisses, américains, anglais, sud-africains, israéliens. Tous là pour visiter et découvrir les Pamirs. A pied. A vélo. En moto. Tous les moyens sont bons pour parcourir ces terres folles et magnifiquement ingrates. Tout comme mon départ à travers les Alpes, je dois monter une vallée. Une longue vallée. Une superbe vallée. Verte. Au bord de l'eau. Khorog est un petit paradis en soi au vu de ce qui m'attends. Un arrêt près d'un pommier en bord de route me permet de faire le plein de vitamines jusqu'à Osh. Je recevrai même un sac d'abricot particulièrement mûre de la babouchka propriétaire des arbres. Ils feront mon repas de midi. Me léchant soigneusement les doigts, ma gourde prenant le frais dans un bisse. Car oui. Dans ces vallées fleurissent les bisses. Je vois les lignes de verdure si typiques au milieu des steppes et de falaises. Les pâturages et champs bordant la rivière et comblant le fond de la vallée. Il me faut deux jours pour quitter la verdure et déboucher sur le col. Le premier. Pas le plus haut. Et pourtant. Plus de quatre mille. Jusqu'à ce col, le plus haut pédalé est resté le col de la Furka. Etonnement. Je le dépasse de deux bons kilomètres de dénivelé.

Pédaler dans les Pamirs, c’est se refaire une santé. Osons le dire. Pédaler dans les Pamirs, c’est rouler à une altitude moyenne de 3900 mètres d’altitude. C’est poser ses bivouacs proche de 4000 mètres. C’est surtout rouler dans des régions proprement désertes. Pas de ville. Pas de station de ski surpeuplé. C’est connaître des nuits noires. Sans pollution lumineuse. Rouler dans les Pamirs, c’est découvrir des paysages sauvages. Intouchés. Des paysages brutes. Des roches folles. C’est traverser des arcs-en-ciel géologiques. Passant des ocres aux blancs avec des options rouges et vertes serpentine. Sans eau. Très peu. La région est sèche. La végétation rare. A tel point qu’un peu de verdure voit fleurir troupeaux de moutons, chèvres et yaks accompagnés de yourtes. Les premières du voyage. Rouler dans les Pamirs, c’est aussi espérer d’observer des espèces mythiques. Le Léopard des neiges. Le mouton de Marco Polo. C’est admirer les marmottes dorées courant et sifflant comme nos marmottes alpines. C’est avoir la surprise de voir des Huppes fasciées à 4000 m, accompagnées de Roselins tachetés et de Pies-grièches Schach. Rouler dans les Pamirs a été un rêve. J’ai pu le réaliser. Gravissant des cols de plus de 4000 mètres. Jamais je n’aurai pensé, lors de mes jeunes années au club alpin, que je passerai un jour, sur mon vélo et en sandale, un col plus élevé que notre Pointe Dufour nationale. Les Pamirs, pour un photographe, c’est s’arrêter presque tout les 10 km pour prendre une photo. Sortir l’appareil panoramique. Souvent. Les Pamirs, pour un géographe, c’est la surprise de voir des sommets appelés Pic lénine, Pic de la révolution ou Pic communiste. Bien à l’opposé de nos monts colorés. Mont Rose. Mont Blanc. Le Pamirs, pour moi, ça a été la surprise de découvrir une région magnifiquement ingrate et habitée. C’est faire des rencontres folles. Inoubliables. C'est s'arrêter une demi heure au milieu de la route parce que d'autres nomades sur eux roues arrivent en face. Les Pamirs, C'est une région brutale qui se doit d'être traversée à vélo. Pour ressentir, une fois au moins, la vie en haute atitude alors que ce ne sont que pâturages pour les locaux. Les Pamirs m'ont rappelé les alpes. Mes montagnes adorées. Parce que j'y ai retrouvé un milieu brutal. Sec. Ou seuls quelques espèces d'oiseaux et des orthoptères vivent n abondance. Le massif est traversé par une autoroute. En tout cas d'après la carte. Une autoroute construite par les russes pour contrôler et surveiller une des frontière externe de l'ex empire soviétique. Pour – ensuite – alimenter les troupes en Afghanistan. Aujourd'hui, presque plus de soldats russes. Beaucoup de bâtiments abandonnés. Beaucoup de camions chinois. Alimentant le pays. Ce sont les routiers que je rencontre le plus. Comme un pied de nez. Ces camions chinois énormes dont chaque chauffeur me salue chaleureusement. Ce n'est que dans la deuxième partie de la traversée des Pamirs que me sentirai plus seul. Une dizaine de voitures de la journée. Maximum. Je me sens seul. Isolé. Libre et sauvage. Je me sens revivre dans ces régions.

Surprise en passant la frontière tadjik. Où diable est le poste frontière kirghize. Où diable aurais-je mon tampon d’entrée. La frontière Tadjik est sur un col situé à 4200 mètres. Les cabanons, des containers en fait, équipés de panneaux solaires sont sobres. Des lits, une théière, une pastèque, la télé et le lecteur DVD pour passer le temps. Trois personnes. Deux douanier tadjiks et le soldat russe de rigueur. Le russe regarde toutes les photos sur mon boîtier et les tadjiks fouillent mes bagages. La première vrai fouille de tout le voyage. Ils apprécient tout particulièrement ma sacoche photo. Jumelles, objectifs, XPAN, disque dur, les sandisks et les provias. Nous rions de mon matériel et je remballe le tout pour gravir les derniers mètres du col. Derrière moi les soldats s’amusent à tirer dans le no Man’s Land. La kalach claque dans mon dos à mesure que je m’approche des monuments marquant la frontière. Le désoeuvrement tadjik résonne encore longtemps. Passer la frontière me fait débarquer dans une vallée verte. Quel contraste avec l’austérité tadjik. Des pâturages. Partout. Des fermes où l’on me propose de m’arrêter pour dormir, manger ou boire un thé. Non. Je ne préfère pas. Pas tant que je n’ai pas de tampon kirghize dans mon passeport. Je devrai pédaler 20 km avant de trouver le poste frontière. A l’entrée de la vallée menant dans les Pamirs. Je me dis que les Kirghizes ne sont pas fou. Ils s’installent un bon kilomètre sous le col. Au chaud. Au milieu des prairies. La route est verrouillée et seul les yaks passent allègrement d’un côté à l’autre de la frontière. Enfin j’ai mon tampon. Je peux m’arrêter quand je veux. Au milieu de cette verdure. Elle est déconcertante. Toujours pas d’arbre. Non. Mais tout est vert. Ou est donc passée ce gris minéral et brutal. Non pas que je le recherche désespérement, mais j'aime ces géologies. Il m'a suffit de passer une frontière pour me retrouver dans un autre monde. Celui des steppes. Celui des yeux resserrés et fins. Celui des nomades. De troupeaux de chevaux et de yaks. Les cols sont moins hauts. Certe. Mais ils sont couverts de pâturages. De bétail. Parcourus – aussi – par les bergers haut perchés sur leur chevaux. La curiosité est maître par ici. Et le voyageur se doit de s'arrêter pour partager quelques information. Il est dur pour moi parfois de casser mon rythme. Dans les montées. Avec le vent de face. La question – atkuda - reviens régulièrement. Où vas-tu? Bishkek. Je vais à Bishkek. Je termine mon voyage au Kirghistan. Les chinois ne m'ont pas donné de visa. Peu importe. Je prends mon temps. A Osh. Me laisse bercer par les appels du quartier. Les enfants qui jouent. Les vendeuses ambulantes, criant de longs et délicieux Ayyyyyyyyyyyraaaaaaaaaaaaaaaaaaan. L'appel de la mosquée – discret - rompant le jeune du Ramandan. Je prends mon temps dans ce pays où les biscuits s'achètent comme les pastèques, au kilo, avant de rentrer chez moi. Roule et visite les steppes avant de reprendre pied sur le sol de mon enfance.

 
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