05-02-2012
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Sanliurfa, km 6387

Nous laissons Antakya, sa pension et son silence, son musee d'archeologie et ses nombreuses mosaiques pour filer en Syrie. Nous faisons tout de meme un arret a la chapelle de St-Pierre, premier lieu, selon la bible ou le nom de chretien a ete utilise pour la premiere fois. Le lieu de culte est creuse a meme la roche. Consolide par des piliers. La grotte se prolonge en un fin couloir permettant aux croyants de l'epoque de s'echapper en cas d'arrivee des legions romaines. A une epoque ou etre chretien pouvait etre mortel.

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La route vers la Syrie n'est que transit. Nous roulons a travers champs, entre deux averses. Les derniers kilometres longent des clotures et barbeles. Impossible de s'arreter pour un orange ou enlever et rajouter une couche. Seul les bergers semblent toleres par les militaires. La frontiere turque est signalee par une colonne de camions. Tous attendant de passer de l'autre cote. Transformant la frontiere en gigantesque parking. Lieu de rencontre de touristes, routiers, taxis, bus, camion et velos. Le passeport est relativement rapidement tamponne cote turque, ne reste que les trois kilometres de No Man's Land a rouler et nous arrivons en Syrie. Je file vers les guichets en tendant mon passeport - technique apprise en Afrique, ne surtout pas faire la file et attendre - et Keith, de son cote part a la recherche d'un officiel susceptible de lui donner un visa pour le pays. Je recois mon passeport apres une demi-heure - ils cherchaient le numero d'immatriculation de mon velo - et j'attends Keith - occupe a courir d'un bureau a l'autre, entrecoupe de passage a la banque pour payer son visa - une autre bonne demi-heure. Me laissant tout loisir d'observer l'espece de chaos de camion, bus et tout autre vehicule, et discute avec quelques turcs attendant leur tampon. Nouıs voila enfin en train de rouler en Syrie. Nous ne resistons pas a nous arreter vers des hommes nous invitant a boire un cafe et un the. L'un d'entre eux parlant anglais - sa femme est institutrice - il nous parle un peu du pays. Lui est charpentier, et n'a pas eu d'ecole pour apprendre son metier. en Syrie, on va dans les ateliers et on travaille. Simplement. L'un de l'equipe a cinq enfants alors qu'un autre laron a trois femmes. Le cafe est corse et parfume de Cardamone. Le the, lui, est toujours aussi sucre. Nous roulons enore peu de temps avant d'arriver a Alep au milieu des embouteillages de fin de journee.

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La premiere chose a laquelle je pense en arrivant dans Alep est que je suis de retour dans la culture arabe. Dur, virile, mais chaleureuse. La ville est poussiereuse, l'atmosphere grise - il faudra 2 jours de pluie pour nettoyer le ciel. En deambullant dans la ville nous decouvrons quelques facettes de la ville. De la moderne a l'ancienne. On trouve des cafes et lounges propres et modernes, avec connexion wifi - parfois - et de vieux hotels de l'epoque coloniale francaise, ou encore le souk n'ayant pas change depuis de nombreux siecle. Je me surprend a entendre la cloche d'une eglise venant jsute apres l'appel du muezzin. Le quartier armenien est la partie chretienne de la ville. Nous y trouvons plusieurs eglises et des croix. Pas bien loin du souk nous tombons sur l'etoile de David, Au milieu de drapeaux palestiniens. La ville semble empreinte de tolerance religieuse. Paradoxe au vu de ce qui va m'arriver plus loin dans le pays, Paradoxe aussi en pensant a l'initiative debile ayant court en Suisse - la fameuse initiative anti-minaret de l'extreme droite. Se balader a Alep, c'est non seulement aller voir le musee national, riche en restes archeologiques, mais c'est surtout s'impregner de l'atmosphere de la grande mosquee et du bazar. J'ai trouve un passage decrivant cette partie de la ville dans un bouquin achete dans une librairie francophone de la ville, et je vous le livre tel quel. Rien n'a change La texte decris les rues d'Alep au Xe siecle:
''...Les notables se reunissent souvent dans la grande mosquee, assis en tailleur sur les tapis rouge ou dans la cour, a l'ombre du minaret qui domine les maisons ocres de la ville. Les commercants se retrouvent dans la journee le long de l'ancienne avenue a colonnade contruite par les romains et qui traverse Alep d'ouest en est, de la porte d'Antioche au quartier interdit de la citadelle ou reside le tenebreux Redwan. Cette artere centrale est depuis longtemps fermee a la circulation des chars et des corteges. La chaussee a ete envahie par des centaines d'echoppes ou s'amoncellent etoffes, ambre ou colifichets, dattes, pistaches ou condiments. Pourabriter les passants du soleil et de la pluie, l'avenue et les ruelles avoisinantes sont entierement couvertes d'un plafdon de bois qui s'eleve, aux carrefours, en de hautes coupoles de stuc. Au coins des allees, notamment celles qui menentaux souks des fabricants de natte, des forgerons et des marchands de bois de chauffage, les Alepins devisent devant les nombreusesgargottes qui, dans une persistante odeur d'huile bouillante, de viande grillee et d'epices, proposent des repas a des prix modiques: boulettes de mouton, beignets, lentilles. ...''
Amin Maalouf, Les croisades vues par les arabes.

 

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Nous resterons quelques jours a Alep. Se reposant et visitant les restaurants et cafes de la ville. On repart chacun de son cote, Keith vers le sud, et moi vers l'est. Je ne resiste pas a dicrire cette journee tres special pour moi. Journee folle ou tout m'a ete offert sans jamais avoir demande quoique ce soit. Des legumes offerts - quantite negligeable pour le marchand - que je voulais prendre pour mes bivouacs a la couche offerte pour la nuit a Maskana, je n'ai cesse d'aller de surprise en etonnement. La journee commencait a merceille avec un delicieux vent arriere. Je file et devore les kilometres, roulant a toute vitesse vers l'Euphrate. Ce n'est qu'en fin de journee que je m'arrete dans un gargotte pour prendre un the bien sucre. Les jeunes tenant les cuisines me voient m'arreter en roulant de gros yeux. On me sers finalement trois the, et discute - ou essaie - de ma route et de ce que je fais dans ce coin perdu de Syrie. En repartant, impossible de payer les thes. Ils refusent. Bon. L'un d'eux me propose ensuite une douche bien chaude. Dificile de refuser. Il m'amene chez lui, allume le chauffe-eau et m'emmene dans la salle commune pour attendre que l'eau soit a bonne temperature.La theiere ne tarde pas a arriver et mon verre a se remplir. Un plateau enorme rempli de legumes, fromage, omelette et j'en passe m'arrive sous le nez.Je grignote et vais enfin prendre ma douche. D'autres amis arrivent alors. L'un d'eux parle un peu d'anglais et on parle du pays et de leur travail - en Arabie saoudite - l'heure avance et je fini par demander si je peux dormir chez eux. No problem. on continue a discuter tous les quatre et a boire du the - impossible de mourir deshydrate en ce pays - jusqu'a ce qu'ils sortent chacun 100 livres syrienne - l'equivalent de 8 CHFr - et me les offrent pour que je puisse me payer un bon repas durant mon voyage en Syrie. Je suis sidere. J'hallucine completement. On me mene ensuite chez l'oncle. Pharmcien et anglophone. Nous finissons la soiree chez lui a parler de Syrie, de Suisse, de religion et de politique. Sa langue se delie au fil de la soiree. J'apprends ainsi que la moitie de la force de travail de la ville ou je me trouve - Maskana, 25'000 habitants - travaille en Arabie Saoudite. On y gagne bien plus d'argent qu'en Syrie. Un serrurier peut gagne plus d'argent la-bas en 6 mois - le temps de son visa - qu'un universitaire fraichement diplome et travaillant au pays.On me confirmera plus tard que le cas est a generaliser a tout le pays. Il me parle aussi de l'irrigation de la region. Pres de cinq milles kilometres de canaux permettent d'irriguer tout la region. Je pensais rouler dans le desert, je roule en fait au milieu de verdure. Ce sera la meme chose en approchant de Sanliurfa. L'immense projet anatolien - le GAP - permet d'irriguer des regions autrefois seches et ingrates. Contre quelques maladies supplementaires. Plus tard, impossible encore de payer le repas. On m'amene deux shaworma, devinant ma faim de rouler a velo. Les voisins rendent visite a l'etranger. Les questions fusent jusqu'a epuisement - le mien. Je finirait la nuit dans le dispensaire, a dormir sur la table de consultation - bien rembourree et particulierement confortable.Le petit dejeune a ete a la heuteur de la soireux. Aussi copieux que delicieux. Ce n'est qu'avant de partir que j'ai finalement avoue que je fetais mon trentieme anniversaire.

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C'est la une merveilleuse illustration de l'hospitalite syrienne. Mais il y a le cote de noir du pays. Cette soiree chez Abdulrahman m'a permis de voir le controle gouvernemental sur la population. Tout syrien a l'obligation de signaler tout invite. Cela me vaudra de rencontrer la securite aux abords du barrage bloquant l'Euphrate. Il me pose des questions, ou quand, comment, quelle route. Je le reverrai le jour suivant. Puis encore celui d'apres. Camouflant ses visites avec plus ou moins de finesse. J'avais decide de prendre quelques jours au bord de l'Euphrate et du lac Al Asad pour observer les oiseaux. Les locaux et les hivernants. Allez jumeller depuis un barrage classe strategique par les autorites militaires... Je pedale donc jusqu'au chateau de Jabaar, ruine construites sur un promontoir et dont la montee du lac a transforme en ile. J'installe la tente avec la ferme intention d'y rester quelques temps. La pluie et le vent ne me motive a rester que deux nuits et je me retrouve au restauranta manger a la sante de mes amis de Maskana. C'est la qu'on me pose des questions. Mon nom, travail, ma route, allant meme jusqu'a ecrire les pays visite ert a visiter sur un papier. Il ne faudra pas plus d'une heure pour voir debarquer la securite, le meme qu'avant le barrage, avec des enfants que je suppose etre les siens. Il m'attends dans sa voiture et me reconduit au bivouac. Veut savoir ou je suis et jusqu'a quand je reste la. Inimaginable pour eux de bivouaquer. Trop dangereux. Il continue de me demander quand je pars. Je reponds le lendemain, plus de lasse que convaincu. Lui donne une heure et m'echappe sous ma tente. Ce n'est que la journee suivant que la securite va se montrer plus ... presente. J'aurais droit a deux cerberes - que je finirai par appeler les Dupondt me suivant une dizaine de metres derriere le velo. Je perds ma motivation a sortir jumelle et teleobjectif. Je m'arrete tout de meme pour admirer Milan noir et Hirondelle en migration, Roselin de Lichtenstein et Cochevis locaux. Je m'extasie sur la centaine de Bruants proyer en train de chanter, mais maudirait les Dupondt qui n'eteigne pas le moteur de leur gros Dodge. Impossible d'enregistrer les cliquetis fous de ces Proyers. Le ridicule ira meme jusqu'a etre suivi en ville de Raqqa, toujours par le meme gros pickup Dodge - avec deux syriens a l'interieur, paradoxe, alors que je visitais les ruelles a pied. Peu de gens repondaient a mes salutations. Tous regardaient le vehicule. Un jeune etudiant a qui je demande ma route se fait alpaguer par les comiques. Il me dit qu'il n'ya pas de problemes, que c'est un amis de son pere. Lui repondant que l'amis de son pere me suit depuis le matin, il reagit brusquement, me demandant si je suis serieux. Impossible de lui offrire un the pour le remercier de la route. Ce fut ainsi jusqu'a la frontiere. Suivi par un vehicule, et tout syrien me posant des question se faisant approcher. Enervant. C'est avec soulagement que je repasse la frontiere turque et arrive a Sanliurfa - ancien royaume d'Edesse durant les croisades - et lieu saint ayant habrite autant Job qu'Abraham.La ville et les vestiges semblent sous perfusions. Restauration. Je profite de la ville, mange et me gave de baklavas, et je vais meme chez le coiffeur. Me faire couper les cheveux. Mais j'en sortirai avec les cheveux coupes, la barbe rase et un bock soigne, les joues lisses de tout poil et le nez degage, sans parler des oreilles qui ont aussi eu droit a leur ouate. J'adore les coiffeurs orientaux. On croit que c'est fini, mais il a toujours un petit truc a faire. Un poil a raser, un cheveu a raccourcir, une lotion a passer sur le cou, histoire d'apeser l'alcool a bruler servant d'aftershave.

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