|
|
. |
|
La Roumanie est grande. Bien plus grande que je ne l'avais pensé. Des plaines de l'Est hongrois, j'ai gardé le souvenir des Grues cendrées arrivant au dortoir la nuit tombée. Je me suis arrêté dans le Parc national d'Hortobagyi, connu - à cette époque de l'année - pour la migration des grues. Je n'ai pas été déçu. Des cormorans pygmés au Pygargue à queue blanche, en passant par divers Busards en chasse et au Butor en vol sur sa roselière. Cette partie du parc est couverte de roselière. Les râles crient comme rarement. Systématiquement survolé par une troupe de Panures à moustache. Comme si les deux espèces se lançaient sans fin dans un concours de vocalises.
Tout comme dans la région du Balaton une noctule attive est venue saluer les trompettes à plume tardive. Je me plais à me baigner dans ces ambiances crépusculaires permettant des rencontres improbables entre chauve-souris et grue cendrée. Je me suis laissé glisser avec bonheur dans la nuit. Enregistrant les chiroptères en chasse et attendant ce clair de lune magique. Me permettant de rouler jusqu'au village. Hortobagyi ne se résume pas aux roselières. Loin de là. C'est principalement une steppe saline. Lieux mythiques ou des Outardes se reproduisent encore. Je me contenterai modestement d'une mante religieuse prenant mon sac de couchage pour un affût à insectes. Ces steppes et champs ont été créés par une correction des eaux de la rivière Tisza - passant plus à l'ouest. Entre cultures et élevage, la végétation a risqué de disparaître. La création du parc a permis de sauver un milieu exceptionnel. De fait. On remarque rapidement les frontières de protection. Le parc national passé, on retrouve les labours et les champs de maïs. D'une taille telle que les traitements se font par les airs. J'ai vu des machines agricoles renvoyant les tracteurs au rang de jouet. Juste aux limites du parc. Je passerai encore par Debrecen pour y boire un café - suivant les conseils de Mark. La place centrale est bien grande et invite à faire une petite pause. Arriver ensuite en Roumanie est déjà une préparation aux routes d'Asie. Trous partout, route inégale et surtout cette tendance à froler le cycliste osant rouler sur la route. Je verrai beaucoup - trop à mon goût - de ces croix fleuries des bords de route. J'avais cru rouler dans les Carpates sous la neige. J'aurais finalement eu droit à un soleil magnifique doublé de ces couleurs d'automne dorées et chaudes. 3 jours auront suffi pour traverser cette fameuse chaîne. J'ai cherché l'ami Vlad, mais je n'ai trouvé que ses messagères. Quelques chauves-souris encore en vadrouille à cette époque de l'année. J'aurais aussi trouvé un accueil chaleureux chez Vladimir. Adresse vivement conseillée par des amis. Je ne regrette pas. J'y trouve trois Suisses et on m'accueille à grands verres de Mirabelle et de Palinka. Je remets mes plans et prends arbitrairement une journée de pause. Je zigzague suffisamment sur la route à la montée sans en rajouter encore sur le plat. Je retiendrai longtemps cet accueil chaleureux. Vladimir ouvre simplement les bras et on ne peut rien faire d'autre que de s'asseoir à sa table, discuter, boire et manger. Difficile de repartir.
Je ne traîne pourtant pas. Un ami suisse m'attend dans le Delta du Danube. Je me permets un arrêt au monastère peint de Voronetz. Merveille sur pied dont il ne restait pas - à ses origines - un centimètre carré non peint. Aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Le temps a fait son travail et la façade sud fait bien pâle figure. Je prends quelques images de ces beautés. Teste mes connaissances religieuses pour rapidement constater qu'elles sont maigres.
Je roule toujours plus vite pour arriver à temps. Je ferai plus de 400 kms en trois jours. Forcerai les jambes pour y arriver. J'arrive finalement à Tulcea fin de la partie cycliste avec des mollets bien lourds et ... une jante fissurée. Elle a roulé plus de 10'000 km, en y ajoutant le poids des sacoches elle n'a pas tenu le choc. Le temps pour moi de recommander une jante neuve en Suisse et je prends le bateau pour Sfantu Gheorghe. J'y retrouve - enfin - Francois, ami et ornithologue, venu dans le delta du Danube pour participer à un camp de baguage des oiseaux migrateurs. Nous passons un petit moment à discuter et se donner des nouvelles avant qu'il rentre en Suisse le lendemain de mon arrivée. Je reste à Sfantu jusqu'à mardi pour travailler dans ce camp. aller plier et déplier les filets matin et soir. Récolter les oiseaux et leur poser une bague. Noter tous les details et mesures nécessaires. J'ai rejoint 4 naturalistes-ornitho avec lesquels je finis ce camp. Quelques jours de pause bienvenue. Aussi bien pour le vélo que pour moi. 4 jours où travail a rimé avec délires et rires.
     
     
  |
|