10-03-2010
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Tehran, km 7602

"Tu feras bien attention en Iran. C'est dangereux là-bas."

Je me demande encore pourquoi j'ai reçu de telles recommandations. J'ai un peu cherché les méchants en Iran. Les fameux. Ceux qui font peur au monde entier. Impossible de mettre la main dessus. Non. Pas vu un seul. La seule chose que j'ai à déplorer jusqu'à maintenant est une attaque au pastèque. J'ai reçu un morceau de fruit dégoulinant de flotte à la tête alors que je roulais. Un chauffeur poids lourd a voulu me faire une blague, et, perdu dans mes pensées, je n'ai vu arriver le pavé rouge. Non. Pas de méchants dans le pays. Bien au contraire. Les militaires me paient des jus de melon, les policiers m'offrent de l'eau glaciale plutôt que de contrôler mon passeport et je me suis fait à ne plus chercher un hôtel par mes propres moyens et faire confiance aux iraniens. Dès qu'on me voit, on va soi me remercier d'être venu, soi me proposer une aide.

 

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J'ai rencontré Hosein à l'entrée de Qazvin. Etudiant en anglais, il veut le pratiquer avec moi. Nous nous arrêtons en bord de route et il me propose rapidement d'appeler les hôtels pour moi. Aucun. Trop cher ou plus de place. Il discute un peu avec son père mais je sais déjà ce qu'il va me dire. Voilà. Hosein va se marier bientôt. Ils sont en train de préparer leur appartement. Celui-ci est vide. Et ma disposition pour deux jours. J'y installe mon matelas de sol et passe ainsi du temps avec ce jeune couple iranien. Tous deux étudiants d'anglais et supporter d'Ahmadinejad, nous discutons du pays, de politique et de nos voyages. Bien sur impossible de payer quoique ce soit. Je suis leur invité. Lorsque je pars pour Téhéran je reçois encore un gros sac de fruit pour la route. Orange et pêches. Ce n'est là qu'un petit exemple de ce que je vis depuis dix jours. Je reçois sans arrêt. Toujours. Et des endroits les plus surprenants. Du poids lourd me tendant deux mangues bien fraîche à cet iranien me donnant un flacon de parfum en passant par les policiers et militaires qui me tendent de l'eau fraîche aux checkpoint. Voilà l'Iran dont on ne parle jamais. Celui de Nicolas Bouvier et Ella Maillart. Celui de tous les voyageurs. Je suis dans le pays où l'hospitalité prends toute son ampleur. Le pays où le simple fait d'être étranger vous ouvre les portes de leur coeur. Il ne me faut guère de temps pour apprendre à ouvrir le mien.

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Je devrais commencer par le début. J'étais encore en Turquie. Dans la dernière ville frontière. J'ai tardé mon départ de plusieurs jours. Je voulais profité de la dernière bonne connexion avant l'Iran, les pays d'Asie centrale et la Chine. J'avais beaucoup de retard à rattraper. Il s'avère que le jour ou je suis prêt à partir je croise trois jeunes hollandais sur leur vélo . Cherchant un hotel pas cher. Je leur donne le mien et nous ne tardons pas à décider de traverser la frontière ensemble. Tous les quatre. Nous gardons le Mt Ararat sur toute la partie turque. Il ne disparaîtra qu'une fois passé en Iran. J'avais lu beaucoup de récits de voyages dont certains me promettaient le pire pour le passage de douane et le contrôle des bagages. Et pourtant. Les douaniers turques tamponnent nos passeport sans tarder, tout en nous demandant si nos visas iraniens sont en ordre. Oui. Enfin, en principe. Passé de l'autre côté du grillage un officier prends nos passeports et les mène au bureau. Directement. Nous le suivons avec nos vélos. N'aimant pas trop voir disparaître nos papiers. Mais non La encore. Tampon, conseils sanitaires et quelques mots griffonnés sur un papier et nous sommes libre. Je ne peux m'empêcher de dire à Marius, Douwe et Aafke que c'est trop facile. D'où viendront donc les problèmes? Imbécile que je suis. Aucun problème. La douane iranienne a même été passé plus rapidement que la douane syrienne. Ensuite? Ensuite nous commençons à recevoir. Nous relions Maku, première ville depuis la frontière, pour y prendre un hôtel. Les hollandais prennent le bus pour Tabriz. Une mauvaise surprise dans un restaurant leur a bloqué les intestins. Ils veulent se reposer. Nous croisons un journaliste anglophone qui nous aide. Billet de bus. Change. Restaurant. Hôtel, où il nous obtient moitié prix. Etc... C'était la un prémice à la suite de la route iranienne. Maku est une ville tout en longueur. Au fond d'un canyon. Les falaises bloquent toute vue vers les côtés et on n'a d'autre choix que d'aller de l'avant. Je traverse une longue partie montagneuse. Je pédale tour à tour dans les paysages afghans et dans les Alpes, au grès de mes coups de pédale. Fonction des pluies et des vents. Je passerai même auprès de quelques stations de ski. Oui. Du ski. Il faut tout de même savoir que depuis Erzurum je pédale à une altitude moyenne de 1300m. Il est heureux que je pédale à une telle altitude. Il fait chaud. Très chaud. Parfois trop. L'eau devient importante. Je suis les conseils avisés de mon frère et essaie de boire régulièrement. Entre six et sept litres sont bus et transpirés chaque jour. Après trois mois d'inaction je recommence à pédaler doucement. Je prends mon temps. Fais d'énormes siestes. C'est lors de l'une d'elle que je me fais réveillé. J'ouvre les yeux et vois – à côté de mon vélo – un autre vélo chargé de sacoches. Un collègue. Un autre voyageur. Allemand cette fois. Wolfram part une année vers l'Asie. Nous décidons de rouler ensemble jusqu'à Tabriz. Jusqu'à croiser Jean , un québecois roulant jusqu'en Chine. J'avais oublié que j'était sur l'autoroute des cyclo-nomades. Tous prennent cette voie pour relier l'Inde ou la Chine. A Téhéran même je croise encore d'autres voyageurs. Ollivier et Elsa voyageant en tandem. Nasim et Jafar qui ont roulé deux ans autour du monde.

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Je suis entré en Iran juste avant le élections présidentielles. J'étais en Turquie lors des dernière élections et je n'en ai pas parlé. Rien de neuf, et il n'y a pas eu de réels changement. Seulement en Iran, impossible d'ignorer ces élections. Nous voyons des slogans et des bus partout. Dans toutes les villes. Le pays est sur les genoux. Subit des sanctions. Est mis au ban de la communauté internationale à cause des déclarations loufoques de son président, Mr Ahmadinejad. Les iraniens en ont marre et veulent du changement. La période avant élection a été intéressante Les discours se succèdent dans les rues. On branche une télé depuis un magasin, et la laisse sur le trottoir. Parfois on va même mettre un micro sur la télé, relié à des haut-parleurs. Juste pour que toute la rue entende les arguments de l'un ou l'autre candidats. Je trouve des cours ou les chaises sont mises face à face. Fait pour les débats et discussions politiques. Cela me semble raisonnable. Je reste sidéré a Tabriz en voyan defile du rouge autant que du vert dans les rues. Les iraniens peuvent aussi mélanger la liesse footbalistique – le rouge des tracteurs de Tabriz – aux slogans electoraux – le vert de Mir Hossein Moussavi. Je serai sur la route durant l'election elle même et je débarque a Quazvin le lendemain. Je suis loge et accueillis par Hosein, le jeune étudiant en anglais rencontré sur la route à l'entrée de la ville. Lui est partisan du président Ahmadinejad Et il m'annonce, heureux, sa victoire. Nous parlons de politique et du pays. Il m'explique qu'il s'implique peu en politique. Il fait confiance en son président. Lui sais ce qui est bon pour le pays me dit-il. Nous parlons également des autres candidats et il me décrit les richesses excessives et la corruption. Le manque de confiance. Les habituels arguments pour dénigrer un candidat. J'entendrai un tout autre son de cloche quelques jours plus tard. Le président en place va donc rester. L’un de ses opposants principaux conteste les résultats. Parle de fraude électorale. Appelle aux manifestations. Je me suis retrouve prise dans l’une d’elle. En entrant dans Téhéran. Alors que l'on m'avait prédit le pire pour entrer dans cette ville à vélo, je finis par slalomer entre les voitures. A suivre les motos se faufilant entre les pare-chocs. Je me rends finalement compte que j’irai bien plus vite en me mêlant aux manifestants et poussant mon vélo. On me regarde l'air incrédule. Marcher avec eux. Beaucoup me demandent d’où je viens. Ce que je fais là. Il y a beaucoup d’étudiants parlant anglais. Nous parlons du pays. Je profite de l’aubaine et pose des questions politiques. Le plus étonnant est qu’on me réponde. Protégé dans la masse. Au milieu de la foule. L’un d’eux me conseille de ne pas lever les mains comme tous les autres. Je pourrais être traité d’espion par la police. Je m’abstiens de trop montrer mon soutiens et me contente de pousser mon vélo. Je savoure l’occasion est suis heureux de voir une telle liberté en Iran. Les gens descendent dans la rue. Donnent leur avis. Rassoul, l’un de ces étudiants me dit que la presse est aux mains du gouvernement. Ses amis sont sur CNN et BBC pour avoir des nouvelles du pays. Et surtout pour en donner. Un grand-père me demande de parler de cette manif chez moi. De montrer ces mouvements de foules chaleureux et pacifiques. Malheureusement, chaque fois qu’il y a espoir de changement par les mouvements de foule on tombe sur les forces de la sécurité. Je m’échappe en entendant des coups que je suppose être les gaz lacrymogènes. J’ai toujours mon vélo charge de sacoches et je cherche encore un hôtel. A 22h. J’ai déjà tâté des lacrymos grisons ou genevois. Je ne veux pas essayer les matraques iraniennes. Je pars chercher mon hôtel. Je laisse les iraniens défendre leurs droits. Comme cela doit se faire partout.

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Depuis mon arrivée à Téhéran la situation s'est particulièrement dégradé. Non seulement sept personnes sont morte le soir où je suis arrivé dans la ville, mais en plus le régime se durcit. On parle de nouvelle révolution. On parle aussi de répression. Le guide suprême, par son prêche du vendredi rends hors-la-loi toute manifestation. La police est maintenant libre. La présence des hommes verts et noirs est massive. Les matraques sont omniprésentes. Mes amis iraniens hésitent à me laisser rentrer à l'hôtel avant la fin des manifestations. Je prends un taxi finalement. Ce samedi, plus dure journée jusqu'à maintenant – on annocne une dizaine de morts par balle et une centaine de blessés - les carrefours sont tous – sans exceptions – occupés par les milices bassidjis. Ces hommes de main du président. Tous armés de matraques. Certains porteurs d'armes à feu. Tous prêts à en démordre. Mon bronzage et ma barbe me fait paraître pour un iranien. Seul ma méconnaissance du farsi me fait passer pour un touriste. On évite l'anglais autant que possible. Je me souviens de se serveur de restaurant qui a engagé la conversation – en bon anglais – avec moi et qui n'as plus rien dit dès qu'un policier a mis les pieds dans son échoppe. Nous ne pouvons rien faire d'autre qu'échanger des regards. Je me tais. Je ne veux pas lui attirer de problèmes. J'évite de parler de ce qui arrive dans la rue avec mes amis. Nous n'évoquons la situations que dans des endroits isolés. Je tente de comprendre ce qui peut arriver à ce pays. Quels changements peut-on espérer. J'apprends que le bazar de Téhéran est une véritable institution et que la révolution de 1979 est partie de là. Aujourd'hui le bazar se montre seulement inquiet. Il n'a pas encore rejoint le mouvement. On ne sait pas s'il le fera. On ne sait pas si cette contestation sera noyée dans la violence ou aura du succés. De la même manière je commence à cerner le complexe système politico-religieux du pays. Même si Mir Hossein Moussavi gagne une réelection – on parle de fraude avéré et confirmée par le gouvernement dans une cinquantaine de districts, représentant 3 mio de voix – il devra tout de même faire avec le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, farouchement opposé à toute réelection. Les iraniens ne savent pas eux même où les mène ces protestations. Ils ne veulent qu'une chose. Récupérer leur vote. Récupérer leur pays. A lire la banderole de se manifestant. Je ne peux que me sentir désolé en voyant la situation. Internet est censuré. Facebook, Flickr ne sont plus accessibles depuis bien longtemps. Les téléphones sont coupés durant deux à trois heures si on essaie de contacter l'étranger. Cela arrive à mes amis qui me proposaient d'appeler en Suisse. Impossible. Les journaux sont aux mains du gouvernement. On ne montre que les dégâts des manifestations. On présente les opposants comme des terroristes. Le ridicule est atteint lorsque le président accuse l'occident de manipuler le peuple iranien. Non. Il y a un fossé entre la rue et le pouvoir. Un gigantesque fossé. De celui qui permet quelques hommes d'autoriser le tir à balle réelle dans la foule. Je suis surpris de voir que les téléphone portables et les petits appareils photos sont abondamment utilisés. Chaque manifestant documente les événements. Toutes ces images sont chargées sur internet. Les filtres contournés. Crackés. De mon côté j'ai décidé de ne plus sortir mon boîtier en publique. Il est bien trop gros pour être réellement discret et me faire arrêter n'aidera aucunement le iraniens.

Je suis rempli de colère autant que de tristesse en voyant ce que quelques hommes peuvent faire à un pays entier. Je ne retrouve pas les paroles folle du gouvernement dans la rue. Je ne retrouve pas cette hostilité envers l'occident dans les fruits et l'eau fraîche que l'on m'a toujours généreusement tendu – même par des policiers et des militaires. Je ne retrouve pas ce danger constant à voyager dans ce pays, comme on a bien voulu me le faire croire. Non. Je ne retrouve pas le même Iran lorsque je lis les propos du président ou du guide suprême. Chers et magnifiques iraniens. Ne changez surtout pas. Vous êtes parfait comme vous l'êtes. Votre hospitalité et vos accueils chaleureux devraient être un modèle pour nous. Non. Chers iraniens. Ne changez rien. Continuez à réclamer justice dans les rues. Continuez à réclamer votre liberté. A chercher votre pays.

 
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