05-02-2012
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Trabzon, km 6387

Une petite particularite de language en Turquie. Les affirmations et negations ne se limitent pas au oui-non habituel. La negation n’est pas suffisante. Non. On a toujours une chance. De la meme maniere le oui ne signifie pas l’affirmative absolue. Un peu une forme de oui … mais non. Les choses evoluent et on n’est jamais a l’abris d’un changement de programme. Le oui devient alors un peut etre et un nous verrons bien. Difficile dans ce cas de prevoir. Meme les mariages - parfois - ne sont pas annonces comme valeur sur. Les avis peuvent changer - aussi bien du cote du marie que de la mariee d’ailleur. On se laisse donc conduire par la vie en tentant d’eviter les gros pieges. La negation par contre a trouve une adaptation a la turc. Non - donc - laisse presager un peut etre que oui. Yok - par contre - est moins negociable. Si vous avez le malheur d’entendre un yok a votre question, plus besoin d’insister. C’est non et definitif.

J’ai essaye de quitter Sanliurfa et ses carpes sacrees deux fois de suite. Mon derailleur arriere a fait des siennes. Il faut dire que je suis partis avec le meme velo que lors d’un voyage a travers le Sahara en 2005. Ce pauvre XT accumule un petit 13′000km. J’avais prevu la panne - il me pose problemes depuis un millier de kilometres - et commande et fait livrer un derailleur tout neuf a un autre millier de kilometre. Las. D’abord la chaine qui casse - completement tordue par le derailleur qui n’a plus de vertical que le nom. Je la change en jurant quelque peu. Un Baba s'arrete pour voir ce que je fais sur le bord de route et eventuellement discuter un peu. Je suis de mauvaise humeur et reste fixe sur mon maillon qui ne veut pas rentrer. Le grand-pere s'en va en me souhaitant bonne journee et en me glissant deux bonbons dans les mains. Il avait devine que j'avais besoin de douceur. Je reste bete les bonbons dans ma main droite et un de mes derives chaine tordu dans l'autre. Que faire d'autre que de deballer ces sucreries et les laisser fondre en cherchant que faire? Un premier retour en ville et un reparateur de choc me permet de regler le derailleur et de changer une des molettes fendues. Une roulette chinoise neuve sur un derailleur poussif japonais. Je repars sceptique. Moins de trois kilometres et je me retrouve avec ce cher XT dans les rayons. Cinq tetes de rayon sont arrachees. Je repare sur les bords d’une station service en pleine ville et reviens a l’hotel pour la deuxieme fois. Quitter Sanliurfa sur le velo, c’est Yok. Je prendrai le bus jusqu’a ma piece de rechange en passant par la Cappadoce. Meme en prenant le bus je continuer a ne pas appliquer l’axiome de la ligne droite.

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Le reseau de bus en Turquie est proprement impressionnant et pourrais presque releguer la poste au rang de petit transporteur du dimanche. Chaque ville et village du pays est atteignable en bus et minibus. Ledit pays fait bien deux milles kilometres de large… Ca ne coute presque rien et de plus on vous sert cafe, the et eau  volonte. Parfois vous aurez meme droit a une petite douceur. Comme si les cff se decidaient a offrir une boisson a tous ses voyageurs et a baisser ses prix. Autant dire que ce n’est pas pres d’arriver. Pour six a sept cents kilometre mettez une nuit de route avec trois a quatre arrets pour boire un the - le çai turque - ou avaler une çorba - petite soupe de lentille - meme a deux heures du matin. On n’en sort finalement pas trop vaseux et les soutes sont bien assez grandes pour y caser mon velo. Une premiere dans mes voyages. Plus besoin de s’inquieter de retrouver les velo en une seule piece a l’arrivee.

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La Cappadoce, c’est le pays des fees, des gnomes ou des phallus. Tout depend de l’humeur du moment. Rares sont les endroits ou l’on peut passer une semaine entiere sans reellement savoir si l’on est encore sur terre. Perte spatiale et temporelle totale. Je me suis plonge au coeur des vallees avec delectation. Suis parti chercher des chemins n’existant que dans mon imagination. A force d’acharnement et - parfois - d’un petit grain de folie, on arrive toujours sur une crete permettant d’embrasser le terrain du regard avant de se replonger au fond de l’une de ces folles vallees. Rouge, jaune, rose et blanche. Couleurs minerales couvrant les falaises. Comme si un geant - artiste a ses heures - etait venu peindre la roche, sur les conseils avises de quelques fees depuis leurs lofts aux toits de Basalt. Aux vus des falaises et domes troues, la region fut une capitale aux epoques fantastiques. De nos jours, anglais, hollandais et autre sont venus s'installer dans ce petit coin de paradis. Parfait - aussi - pour un naturaliste en vadrouille. Les vallees sont propices pour s'y perdre et ne plus entendre les bruits citadins. Quoiqu'un echo de muezzin alors que vous admirez des fresques chretiennes du XIe siecle soit toujours possible. Ici on appelle pigeonnier une falaise trouee et amenagee pour le Biset. On recolte - aujourd'hui encore - leur guano pour l'engrais. On appelle aussi chateau fort un gros rocher troue de toute part. Les traces de pics sont presentes sur tous les murs. Le travail me laisse sans voix. Combien de barre a mine pour creuser toute la region. On ne laisse qu'un minimum de paroi porteuse. L'erosion fait office d'avis d'expulsion. Mieux vaut avoir emballe et emporte ses affaires avant de se retrouver trois etages plus bas. On changeait de niveau par des puits faisant jusqu'a cinq metres. Le loft en bas, et les pigeons en haut. Ne reste aujourd'hui que des niches vides. Avec un peu de chance on tombe meme sur les pelotes du Faucon crecerelle local. des machoirs de micro-mammifere nagent entre deux touffes de poils, juste sous l'entree de la galerie amenagee par la Sittelle des rochers. Les rivieres au fond des vallees sont soigneusement canalisees. Il ne faudrait pas qu'elles viennent saboter les fondement de votre loft fraichement creuse. On se faisait meme des bassins et grotte-reservoir d'eau. Paradis - aujourd'hui - pour mes chers chiropteres. On m'a cite trois a quatres cavites connues abritant des colonnies. Je n'ose imaginer le nombre d'inconnues dans cette equation faunistique. Pays de fous ou on sillonne les vallees sous un soleil estival un jour et admire Patre, Huppe, Haussecol, Serin a front rouge et cini, Traquet de Finsch et isabelle - en compagnie d'un Traquet motteux  - sous la neige le lendemain. Eldorado pour le photographe. Chaque mur. Chaque cheminee. Tout semble en place pour une gigantesque fresque. Je me suis inquiete de pouvoir fixer ces moments - autant sur pellicule que capteur. Je me suis surtout soucie de mon autonomie en carte et pellicule. J'ai trie un peu plus que d'habitude. Entre deux vallees on croise parfois d'autres touristes. Coreens ou japonais perdus entre leur guide et des panneaux inexistants, autres cyclo-nomades et backpackers . Je passe deux jours avec Frederique . Francais rentrant a velo. Il vivait en Thailande. Nous discutons velos, voyage, Asie, et compensation carbone et petrole. Nous loupons de nombreux chemins a force de causette et cherchons les passages les plus efficaces - et les moins dangereux pour la continuite de nos routes respectives.

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Je quitte la Cappadoce non sans regret. Etant certain d'un retour dans ces terres pleines de promesses. Je retrouve Erzurum et l'austerite de ses batiments officels et medresse. Tout de basalt. Surtout, je retrouve mon velo. Laisse a l'hotel. Entier. Je cours consulat iranien et banque pour decouvrir que je depose ma demande de visa pendant le nouvel ans perse. Pas strategique. Je reviendrai. L'atmosphere de la ville est encore hivernal. Les stalactites de glace pendent des toits. les pietons marchent sur la route. Pas envie d'etre embroche par le printemps. Je passe a cote des cheminees des hammam fumant a plein regime dans ce froid piquant, donnant des ambiances a la Bouvier - la visite au consulat devait y etre pour quelque chose. Dans les bureaux je trouve - au milieu des photocopies en farsi - une copie de passeport kirghise. Je prends ca comme un bon signe a defaut d'un oubli de la proprietaire. Je rejoins enfin la piece de rechange tant attendue en bus. Elle m'attends chez un professeur de la faculte de foresterie de l'universite de Trabzon. Sagdan Baskaya est specialise dans la conservation de la biodiversite forestiere. j'avais pris contact avec lui avant mon depart. Un des rares rendez-vous fixe du voyage. Des nombreuses sorties sont au programme et ils ne tardent pas a me camper dans l'hotel de l'universite - en bord de mer. Je profite du silence et deguste morceau de raclette et chocolat recememnt envoye. Le summum arrivera encore quand Plongeon arctique et dauphins viennent titiller le rivage devant l'hotel. Diantre.

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