07-02-2012
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Zagreb, km 1515

Concrètement. La Slovénie. De Tarvisio a Zagreb. La route se fait en deux jours. Voir trois s'il faut ménager les mollets. Le tout en passant par des vallées somptueuses aux rivières magiques et aux campagnes, alignant Kosolec - l'icone nationale slovène - et culture privée - constitue d'une ligne de maïs, une de choux et une de patates - et aux forêts folles.

Trop vite. Trop rapide pour moi.

 J'aurais mis cinq fois plus de temps et ajouté quelques centaines de kilomètres de plus que nécessaire. Mais je le prends ce temps. D'office. Je me l'octroie. Le plus arbitrairement du monde. Pouvoir passer une journée - ou une nuit - à lire sans avoir aucun scrupule. Ma boulimie de bouquins étant déjà arrivée à court de ma petite réserve.

 

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Le temps donc. J'aurais fait des détours. Sur Škofia Loka. Chez Matej. Puis par Novo Meste. Chez les beaux-parents de Matej. Ou comment provoquer les hasards ? Ils étaient en visite chez leur fille au moment de mon passage. Ils m'ont proposé de m'arrêter chez eux sur ma route pour Zagreb. Difficile de refuser un accueil aussi chaleureux. Ajoutez-y une soirée en compagnie de biologistes slovènes à Ljubljana et le compte y est.

Ljubljana est une ville agréable. Capitale du pays. Certes. Mais ville pleine de charme et de charisme. Des cafés perdus dans des arrière-cours. Le plein de terrasses sur le bord de la Ljubljanica. Pas loin des fameux ponts. Le triple et le dragon. Difficile à prendre en photo de jour. Il me suffira de revenir de nuit et de profiter des lumières.

Avec - en prime - des murins et pipistrelles tournant dans les lumières vertes à la surface de l'eau. Je passe du reflex au détecteur ultra-son.

 

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Départ de Ljubljana dans la grisaille et la fraicheur automnale. De cette ambiance annonçant des journées chaudes et des lumières magiques. Je prolongerai allégrement l'étape de quelques siestes au bord de la rivière Krka.

Juste assez grande pour calmer son débit. Juste assez grande pour garder une ambiance de cours d'eau libre. Il faut être fou pour refuser pareille invitation. Entre deux ouvertures de paupières, j'ai tout loisir d'admirer le ballet du prince turquoise de la rivière. Les Calopteryx mènent la danse. A l'affut du moindre intrus sur son territoire. A l'affut de la moindre femelle approchant. Las.

Aucune photo.

Son domaine est la surface de l'eau. La Libellule aux ailes fumées ne monte pas bien haut dans la végétation. Elle reste au pied de la berge abrupte. Je me contenterai de l'admirer.

Je ferai aussi un bout de route avec Fedja. Slovène. Chimiste, mais travaillant comme coach. Il aime trop le sport pour rester dans un labo. Il essaie un nouveau vélo sur une boucle d'une cinquantaine de kilomètres. Mais lui, c'est le kayak. Nous parlons de tout. Des prochaines élections en Slovénie. De politique. De voyage. Descendre le long de la rivière Sava depuis Ljubljana jusqu'en Mer noire et remonter en vers le pays en passant par le Bosphore. A la force des bras. Il me parle d'un moment venu ou on largue les amarres. On dit simplement: "allons-y". Il est temps. Je le comprends. J'arrive à Novo Meste avec la ferme intention de repartir le lendemain. Je repartirai le surlendemain. Nous parlons de tout - encore. De Slovénie. De Yougoslavie. Que l'on qualifie aujourd'hui d' "Ex". De  photographes. De politique, et du retour, probable - et finalement réalise - de la gauche au pouvoir. De langues. Les cartes sont étalées entre nous et nous passons allégrement de Maribor à Bohinj. De Monthey a Novo Meste. Des ours slovènes au loup suisse. Des Kosolec aux raccards. Tout y passe. L'occasion pour moi de comprendre la complexité balkanique - à défaut de comprendre le pays. L'occasion aussi de constater mes lacunes et incompétences concernant mon pays. Proportion de francophones? pfffft. Président de la Suisse? Pfffft. Une chance sur sept de trouver juste. Notre paradoxe bien suisse... La journée en compagnie de Žiuko se soldera par une visite de la région. Monastères et collectif sculpture - en place depuis 1961, quelques sculptures sont ajoutées tous les 3 ans. Pont de bois sur la rivière Krka. Vignoble. Je photographie. Même le test couleur de la restauration du monastère. Je goute au vin local. Assemblage de cépages - cites en slovène - d'un blanc pour deux rouges. Léger et fruité.

 

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Je reprends la route a travers les forets folles de cette partir sud de la Slovénie. Beautés sur pieds. Des futaies. Parfois accompagne de Cyclamens. Nombreux arrêts photo. Un panneau m'annonce la couleur. Qui sait. Peut être. Au petit matin. Ou a la tombée de la nuit. La. Sur le bord de la route. Ce rêve de rencontre. Je me contenterai largement du brame ce soir la. Délaissant le carnet de route un instant pour écouter le cri du cerf. Plaintif. Magie d'une soirée en bord de foret. Cette dernière nuit slovène restera gravée dans mes souvenirs. Je ne rejoindrai pas pour autant Zagreb. Il me faut descendre vers le sud. Dans un parc national dont on me parle depuis quelque temps. Plitvice et ses lacs turquoise.

 Je prendrai une route passant par monts et par vaux - littéralement. La voie traversant des régions dont l'une des grandes préoccupations est de faire des réserves de bois. Je ne roule pas vers le chaud. Autant m'y faire.

Je passe devant les sacs de patates et de choux. Mis en vente sur le bord de la route. Mes arrêts dans les cafés perdus font sensation. Passe l'étonnement, on me demande dans un mélange d'allemand, d'anglais et de croate d'ou je viens, ou je vais et combien de kilomètres par jour. Entre deux chansons mis plein tube. Entre deux chants pour accompagner le cd. Plein tube aussi. Je discerne tout de même un good Luck en partant. De ces salutations chaleureuses et sans rien attendre en retour. « Il ne faut pas nous plaindre » me dit un graffiti sur un panneau à la sortie de Saborsko. Je veux bien le croire. Vous avez tout ce qu'il vous faut. Je m'arrêterai en tout cas à cette version de fait. Je bivouaque encore. Juste avant de grosses pluies. Juste avant de passer devant des panneaux à tête de mort. Je ne bivouaquerai plus dans ces régions. Je pédale devant ces panneaux en maudissant aussi bien les fabricants que les utilisateurs de mines anti-personnelles. La pluie reçoit aussi son chapelet de juron. Je m'y ferai. Aux gouttes. Pas aux mines. Pas à ces saloperies. Il me faudra arriver au bord des lacs pour me calmer. Simplement admirer. Transférer la beauté du site sur capteur. Enfin... essayer. La pluie m'empêche de sortir le XPAN. Pas assez de lumière. Trois heures à sillonner les passerelles et je reprendrai ma route. En droite ligne pour Zagreb. Je vois encore des éclats de balle sur l'habitat. Continue de maugréer contre la guerre. La pluie recevant de nouveau son chapelet. Pour la forme. Je jongle entre poids-lourds compréhensifs et voitures stressées. Dix jours plutôt que deux. Mais un régal pour les yeux.

 

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